Une société d’images
La vue est incontestablement le sens le plus sollicité en design et en architecture, pour ne pas dire le seul dans bien des cas. Nos concepteurs urbains gagneraient-ils à s’ouvrir à nos autres sens, comme l’ouïe?
J’ai récemment abordé la question avec Yannick Guéguen, architecte paysagiste et membre du collectif Audiotopie. Ce regroupement d’artistes et d’électro-acousticiens a remporté, la semaine dernière, la bourse Phyllis-Lambert, un prix de 10 000 $ remis annuellement par la Ville de Montréal pour soutenir les designers de la relève.
Depuis 2008, les membres d’Audiotopie déambulent dans divers quartiers et lieux publics du Grand Montréal pour y élaborer des parcours artistiques audioguidés. Leur objectif : mettre en valeur les forces et les faiblesses de notre paysage urbain (autant sur le plan sonore que tactile) à travers des compositions musicales.
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Le jeune architecte paysagiste me donne en exemple deux récents parcs (l’un à côté de la Grande Bibliothèque et l’autre, sur le campus de l’UQAM) où les paysages sonores laissent effectivement à désirer. «Les gens sont dans ces parcs et font face à des systèmes de ventilation. […] On a aménagé ces lieux qui sont sensés être tranquilles, mais au fond, c’est plutôt l’exhaust des bâtiments qu’on reçoit [dans les oreilles]!»
Audiotopie souhaite ainsi alimenter une réflexion collective sur l’aménagement de notre ville, et encourager les architectes et les designers à enrichir leurs projets avec des expériences multisensorielles, plutôt que simplement visuelles.
Leur prochaine cible : les «villes intérieures». Ces espaces publics à l’image de nos souterrains montréalais, présents dans plusieurs grandes métropoles, et normalement caractérisés par une forte présence commerciale. «L’environnement sonore n’est pas tellement pris en compte dans les villes intérieures, poursuit Yannick Guéguen. […] Ce sont pourtant des lieux où les sons se trouvent amplifiés par les différentes configurations architecturales. On devrait y accorder une plus grande attention.»
La bourse Phyllis-Lambert permettra ainsi au collectif de s’envoler vers l’Asie afin de comparer l’identité sonore de trois villes intérieures asiatiques (Nagoya, Séoul et Shenzhen) avec celle de Montréal. Audiotopie vise à approfondir nos connaissances sur ces environnements souterrains et à créer un nouveau parcours audioguidé entrecroisant les ambiances sonores et les interactions sociales de chaque ville. Un périple professionnel qui, espère-t-on, sera également l’occasion de définir une méthodologie pour éventuellement outiller les designers sur leur table à dessin.
Atelier de géophonie / Audiotopie
www.audiotopie.com
Application iPhone disponible