Comprendre les jeunes pour les aider à persévérer
Pour contrer le décrochage scolaire, les professeurs devraient apprendre à gérer différemment les garçons et les filles. C’est la solution que met de l’avant le réalisateur Simon Goulet, dans son documentaire intitulé «Un gars, c’est un gars», diffusé en première mercredi soir aux Grands reportages, sur les ondes de RDI.
Au Québec, en 2011, 20,1% des garçons quittaient l’école secondaire, contre 12,6% des filles, selon les statistiques du ministère de l’Éducation. «Un gars, c’est un gars» donne la parole à six jeunes, dont cinq décrocheurs, des professeurs, des parents et des experts, qui expliquent, selon eux, les sources de ce décrochage et les façons de le prévenir.
«La dernière chose que t’as envie, [en tant qu’adolescent], c’est d’être assis. T’as le goût de courir partout, de faire des backflips dans des cerceaux de feu, de niaiser avec tout le monde, explique dans le documentaire Jean-Philippe Daoust, qui a quitté l’école en secondaire 2. Je ne tenais plus en place, comme beaucoup d’autres gars».
Plusieurs frustrations des jeunes sont ainsi soulevées. Certains, comme Jean-Philippe, ont beaucoup d’énergie qu’ils ne peuvent pas exprimer, et se sentent en prison. Les profs comme les jeunes du film déplorent d’ailleurs que, même à la cour de récréation, les élèves n’aient pas le droit de se bousculer.
Les jeunes ont aussi besoin de s’identifier à leurs profs, mais l’école serait de plus en plus féminisée. Les enseignantes, comme les enseignants, ne comprennent pas toujours les problématiques des gars, leur attitude, leurs codes de comportement et leurs façons de penser.
Selon les propos tenus par Marie-Hélène Boulanger, professeure au Collège du Mont-Sainte-Anne, dans le film, les jeunes garçons ont un degré d’attention court et intense, et il faut constamment attirer leur attention. Ils bougent beaucoup, apprennent beaucoup par le toucher et aiment le défi et la compétition.
«La vraie solution, c’est quelque chose qui ne coûte pas cher. C’est que les profs soient mieux formés pour savoir comment s’y prendre avec les garçons», croit M. Goulet.
Serge Goyette, éducateur et directeur d’écoles retraité ayant plus de 32 ans d’expérience, a déjà donné une dizaine de conférences sur le sujet dans des institutions scolaires. Selon lui, le changement doit passer par les gens sur le terrain, comme les enseignants, les responsables des services de garde, les orthopédagogues et les directeurs d’école. Ils doivent établir des liens, partager leurs histoires de succès et transmettre leurs meilleures méthodes. «Il y a des profs qui font des choses magnifiques, assure-t-il. J’en connais une qui est allée voir un de ses élèves jouer au hockey. Crois-moi que ce petit garçon-là n’a plus regardé son enseignante de la même façon. Ça a créé un lien.»
Forte mobilisation
La mobilisation est forte autour de la question du décrochage scolaire, selon Michel Perron, titulaire de la Chaire UQAC-Cégep de Jonquière sur les conditions de vie, la santé et les aspirations des jeunes. Il rappelle que les dernières Grandes rencontres sur la persévérance scolaire, tenues en novembre dernier, ont réuni 1450 personnes à Montréal, contre 400 en 2009.
M. Perron salue également le plan gouvernemental de 2009, L’école, j’y tiens, qui fixe des cibles à atteindre et des actions à prendre dans les écoles en matière de persévérance scolaire.
Le plan ne propose toutefois pas de mesures spécifiques pour améliorer les façons de faire auprès des garçons. «Il y a des gains importants à faire à ce chapitre-là, et ça devrait être considéré dans le cadre de la prochaine politique, attendue pour 2014», avance M. Perron.
Aux Grands reportages à RDI le 8 janvier à 20h