Un «alzheimer du poumon»
La Semaine québécoise pour un avenir sans fumée, qui s’est tenue la semaine dernière, a été l’occasion pour l’Association pulmonaire du Québec (APQ) de sensibiliser la population à la MPOC, la maladie pulmonaire obstructive chronique. Cette maladie, qui est pourtant la quatrième cause de mortalité au Canada, reste méconnue du grand public. «On découvre cette maladie quand on en est atteint, déplore Dominique Massie, directrice générale de l’APQ. Parfois, les gens appellent et pensent qu’on a découvert chez eux une nouvelle maladie!»
La MPOC regroupe la bronchite chronique et l’emphysème. Il s’agit d’une maladie évolutive généralement causée par le tabagisme, mais qui peut également être due à une prédisposition génétique ou à des polluants chimiques en milieu de travail. Elle se manifeste par de violents essoufflements et des expectorations chroniques. «C’est l’alzheimer du poumon, affirme le Dr Jean Bourbeau, directeur de l’unité d’épidémiologie respiratoire au CUSM. C’est une maladie dégénérative, c’est-à-dire que contrairement à l’asthme, qui est une maladie respiratoire réversible avec laquelle il est possible de vivre normalement, la MPOC cause des dommages permanents aux bronches.»
Dans sa forme la plus avancée, la MPOC empêche d’effectuer les gestes les plus simples, comme monter les escaliers ou circuler chez soi. Francine Auger, 61 ans, en témoigne. Il y a 10 ans, elle reçoit un diagnostic de MPOC. Grande fumeuse, elle avait pourtant arrêté de fumer trois ans auparavant. Elle précise aussi avoir souffert de trois pneumonies au cours de son adolescence. «Il y a 10 ans, j’ai commencé à être anormalement essoufflée, se souvient-elle, mais je ne me voyais pas aller à l’hôpital pour ça, je pensais que les médecins me diraient simplement de perdre un peu de poids…» Un jour, son état se dégrade, et elle est hospitalisée pendant deux semaines. Coiffeuse de profession, elle est vite dans l’incapacité de travailler.
«Le seul fait de lever les bras m’essouffle», assure-t-elle. Aujourd’hui, même si des améliorations se font sentir, elle prend quotidiennement une vingtaine de médicaments, respire de l’oxygène par intermittence dans la journée et est branchée à une machine la nuit. À l’heure actuelle, la MPOC touche quasiment autant les femmes que les hommes, et de plus en plus jeunes. «On voit des femmes à la fin de la quarantaine souffrant d’une MPOC», affirme le Dr Bourbeau.
Cette maladie tue autant sinon plus que le cancer du sein. «Il faut absolument se faire diagnostiquer, martèle le Dr Bourbeau. Il faut que le patient demande une spirométrie à son médecin. Il s’agit d’un test simple qui ne coûte pas plus cher qu’une prise de sang.» Quant aux traitements, ils sont multiples. «La première chose à faire est le cas échéant, arrêter de fumer, poursuit le Dr Bourbeau. Mais cela n’empêche pas de se faire traiter de manière concomitante. Il y a des traitements en inhalation, des traitements non pharmacologiques comme la rééducation pulmonaire ou encore des programmes d’autogestion pour amener le patient à se prendre en charge.»
Selon Dominique Massie, de l’APQ, il reste beaucoup à faire en matière d’information, tant au Québec que dans le reste du Canada, pour que cette maladie, qui tue une personne chaque heure, soit véritablement prise au sérieux. Mais elle souligne une difficulté de taille : le regard de la société sur les fumeurs. «Les gens qui fument ou qui ont fumé sont très souvent ostracisés, estime Mme Massie. Une raison qui, selon elle, en dissuade beaucoup d’aller consulter.
Des statistiques peu encourageantes
Selon les résultats du sondage Cessez de fumer et respirez mieux :
- 74 % des fumeurs actuels présentent un ou plusieurs symptômes de la MPOC;
- 53 % des répondants ne consultent pas leur médecin pour leurs symptômes de MPOC parce qu’ils croient que ce n’est rien de grave;
- 39 % des fumeurs évitent de consulter un médecin pour ces symptômes de peur que ceux-ci soient causés par le tabagisme;
- 27 % des Canadiens qui ont reçu un diagnostic ou qui sont exposés à la maladie et qui ne vont pas voir de médecin affirment que leur médecin va seulement leur dire d’arrêter de fumer.