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Jean Lemire pessimiste quant à l’avenir de la biodiversité

Photo: Glacialis Productions

C’est un Jean Lemire pessimiste sur l’avenir de la biodiversité planétaire qui se présentera mercredi à l’auditorium d’Espace pour la vie pour faire le point sur son projet 1000 jours pour la planète, qui entame sa dernière ligne droite. Entretien avec le biologiste explorateur.

Quels constats tirez-vous après plus de deux ans à sillonner la planète?
Quand on a pris la mer, au printemps 2012, on s’est concentré sur l’Atlantique, puis on est passé par le canal de Panama pour rejoindre les îles Galapagos et dernièrement l’Indonésie. Où qu’on aille, le constat est le même: la dégradation de l’environnement va beaucoup trop vite et le modèle sociétal en place consiste en une course pour récolter le plus de ressources possible sans penser aux autres générations. Quand je suis parti, c’était avec une bonne dose d’optimisme; montrer la beauté de la nature pour que les gens suivent et décident de la protéger. Maintenant, je n’ai pas beaucoup d’espoir, même ici au Québec, on fait des raccourcis trop rapides pour justifier les projets pétroliers, alors imaginez un peu dans les pays qui n’ont pas les mêmes moyens financiers…

Quels éléments vous inquiètent le plus?
Si on commençait par les océans, voir l’impact de la pêche commerciale et la dégradation des habitats a été assez parlant. On se rend compte que 90% des grands poissons tels que le requin ou la morue ont disparu. On a notamment passé du temps sur un palangrier, qui pratique entre autres la chasse aux requins pour leurs ailerons. Ç’a été particulièrement déprimant. Si l’on ne trouve pas de solution d’ici la fin du siècle, la pêche, c’est fini. On a aussi été aux prises avec les immenses concentrations de plastique qui flottent dans les océans et qui finissent par créer une sorte de soupe que les poissons ingurgitent et qui finit par se retrouver dans notre chaîne alimentaire.

Et sur terre?
Un des grands problèmes, c’est la déforestation, qui est notamment responsable de 20% des émissions de gaz à effet de serre. En Indonésie, par exemple, pour produire l’huile de palme qui se retrouve dans beaucoup de nos aliments ou produits cosmétiques, il se brûle d’immenses quantités de forêts primaires. Cela pollue l’atmosphère, au point où Singapour a porté plainte, mais en plus ça tue des populations d’orangs-outans, de rhinocéros, d’éléphants ou de tigres qui sont eux aussi menacés.

Partagez-vous l’impression que le mouvement écologiste plafonne?
Oui. En 2005-2006, le thème de l’environnement était à son top niveau. On s’est mis à recycler, à utiliser des sacs réutilisables pour l’épicerie et on avait l’impression de faire une part suffisante, mais ce n’était pas le cas. Mais aujourd’hui, certains ont l’impression que cela passe par le fait d’acheter une [voiture électrique] Tesla à 80 000$, ce qui n’est pas le cas. Ce qu’il faut c’est un virage vers une économie réellement durable et cela passe par l’éducation.

Quels sont vos projets à court terme?
Actuellement, le Sedna IV, notre bateau, est à Madagascar pour des réparations. Quand on l’aura récupéré, au début du mois de juillet, on partira pour l’Arctique. Ce sera intéressant de voir ce qui a changé depuis notre première mission, en 2002. On passera aussi beaucoup de temps dans le Saint-Laurent pour étudier notamment les changements dans la chaîne alimentaire, l’impact des futurs projets pétrolier d’exploration ou d’oléoducs et on va même se pencher sur nos 8 millions de phoques, parce que ça ne mange pas du sable ces bêtes-là!

La conférence de Jean Lemire se tiendra mercredi à 19h30, à l’auditorium du Jardin botanique.

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