Des professionnels jouent des œuvres signées par des préadolescents
Les 21 jeunes ont composé de toutes pièces des sketches de moins de huit minutes sur des sujets qui les intéressaient, tels que la maltraitance, l’amour, la spiritualité et les fugues.
« Ces préadolescents vivent des émotions qu’ils ne partagent pas, ni avec leurs amis ou leur famille. Cette expérience leur permet de les extérioriser. Le théâtre a même permis à certains de se rebeller. Ils ont côtoyé l’interdit avec leur personnage. C’est un exutoire », illustre Martin Bellemare, dramaturge.
Depuis le 28 novembre, M. Bellemare a visité les élèves à plusieurs reprises dans le cadre d’ateliers d’écriture. Pendant ces séances de deux heures, il leur a appris les rudiments de la rédaction théâtrale, mais leur a aussi fait découvrir ce milieu.
« Je leur amenais des extraits d’œuvres de nombreux auteurs. Je ne souhaitais pas qu’ils découvrent seulement des écrivains français caucasiens. Je voulais qu’ils connaissent les différents styles qui règnent dans le théâtre », indique M. Bellemare.
Cette activité a plu aux jeunes qui aimeraient bien voir le projet s’étendre à d’autres matières.
« C’est cool et différent. Des ateliers comme ceux-là, il en faudrait toujours », affirme RahiMullah Khan.
« Ça nous permet de travailler en équipe et de nous faire des amis. C’est plus plaisant », ajoute Jessy Lachapelle.
Même si la plupart sont heureux d’avoir fini leur projet, tous sont impatients d’aller assister à la représentation de la pièce finale Ce que je vois.
Le Jamais lu
Cette initiative du festival Jamais lu est offerte dans l’arrondissement Villeray – Saint-Michel – Parc-Extension (VSP) depuis trois ans.
« C’est tellement formidable comme projet. Ça nous donne accès à l’imaginaire de la nouvelle génération. VSP est un quartier bigarré et riche culturellement. Ça crée un lien incroyable entre le théâtre et la communauté. C’est très émouvant », soutient la codirectrice artistique du Jamais lu, Marcelle Dubois.
Ces ateliers ont un impact direct sur l’estime des élèves, mais aussi sur le français, estime Mme Dubois.
« Ils ressentent beaucoup de fierté. Ils sont considérés par des artistes professionnels. Leur confiance en eux est alors augmentée, fait-elle valoir.
« Pour plusieurs, le français n’est pas leur première langue. Ça leur permet de la travailler. Elle n’est plus seulement utilitaire; elle devient l’outil de leurs émotions. »
Déjà la directrice souhaite étendre ce projet au-delà de l’arrondissement.
« J’aimerais beaucoup augmenter le nombre d’élèves participants. Je souhaiterais aussi créer un lien avec la France pour effectuer des échanges. Pourquoi ne pas offrir les ateliers aux écoles secondaires? Ce n’est pas l’envie et la motivation qui manquent, mais c’est davantage une question de moyens. Selon moi, la culture et l’éducation devraient toujours travailler ensemble », souligne-t-elle.
Ce que je vois est présenté gratuitement au théâtre des Écuries (7285, rue Chabot), le 5 mai, à 14 h. Information et réservation : 514 328-7437.