Declin commercial
«Il n y a pratiquement plus aucun restaurant sur le boulevard Gouin», dit Sylvie Aubé. Propriétaire de la Boîte à coupe, salon de coiffure, depuis 26 ans, elle a vu beaucoup de déménagements au cours des dernières années. «Les commerces ferment les uns après les autres» affirme-t-elle.
Martin Hotte, propriétaire de Club Videotron est en plein déménagement. Son imposant local situé à l’angle de Ranger et de Gouin affiche l’intérieur sombre et morne du commerce qui ferme. Au milieu des DVD empilés il lance: « On a fermé le 5 janvier après 19 ans d’activité.»
Le lieu avec sa grande enseigne illuminait l’endroit. «Pour animer un coin de rue comme le nôtre, ça prend des grande enseignes. Regardez autour: des affiches dans les vitrines pour toute indication.»
L’une d’elle annonce vente de fermeture. «Ils sont en fermeture depuis deux ans», soupire M. Hotte. Les raisons de la fermeture: la réduction de l’achalandage, bien sûr, et des taxes trop importantes. «Il fallait aussi faire des travaux dans le local, ce n’était plus possible», ajoute-t-il.
Les chiffres confirment ce dépit. Dans les secteurs Laurentien, Gouin Ouest et de Salaberry, il existe 352 places d’affaires, dont 178 commerces.
Aujourd’hui, 21 locaux sont vacants. Entre 2001 et 2012, 11 commerces ont fermé.
La place n’est pourtant pas désagréable, mais pas la plus accueillante non plus. «Le soir c’est assez désert. On n’a pas le goût de se promener dans le quartier», souligne Sylvie Aubé.
Apporter du sang neuf
L’ancien secteur industriel à l’extrémité ouest du boulevard Gouin a changé de vocation en 2005. Il est devenu résidentiel. Il devait bénéficier d’un programme particulier d’urbanisme (PPU). «Mais le financement n’a pas suivi», explique Harout Chitilian, conseiller du district de Bordeaux-Cartierville.
Le commerce souffre aussi de la situation de ses clients. «La population locale possède un profil démographique particulier», souligne le conseiller.
Des revenus limités, alors que le revenu médian annuel des familles est un des plus faibles de Montréal avec 48 047$. Des familles et beaucoup d’immigrants récents. Ces derniers représentent la moitié de la population.
Le tiers des résidents a plus de 65 ans. Le taux de chômage avoisine les 12% chez les plus jeunes.
«Il faut dire aussi que la circulation de transit et l’offre alentour très importante n’encouragent pas le commerce de proximité», renchérit Marc-André Perron, directeur de la Corporation de développement économique communautaire(CDEC) de Ahuntsic -Cartierville. «En fin de journée, la circulation est intense, mais les gens sont surtout pressés de rentrer chez eux», ajoute M. Hotte.
C’est dans ce contexte complexe que le changement de vocation vers le résidentiel devait assurer une densification de la population locale. Des travaux d’aménagement ont été lancés, notamment le renforcement des réseaux souterrains et l’élargissement de la rue. Mais le déclic n’a pas eu lieu.
Recréer l’espoir
Aujourd’hui, on essaie de mobiliser les commerçants. Une tâche ardue, comme le relève Marc-André Perron. «Le plus dur, c’est de mobiliser des commerçants et de maintenir la mobilisation.»
«Nous avons promis le financement d’un outil de concertation des commerçants par l’arrondissement», annonce M. Chitilian. Malgré cela, la mobilisation tarde.
Pour le représentant de la CDEC, «les commerçants de détail ont énormément de travail pour maintenir leur commerce en activité quand il est ouvert. Quand ils ferment, ils ont de la comptabilité à faire.»
«On s’est déjà réunis à une dizaine. Mais on a autre chose à faire que jaser», raconte M. Hotte. «En guise de réponse, on a eu des bacs à fleur en béton», déplore l’ancien patron du club vidéo.
Pour le conseiller, c’est surtout l’absence de perspectives qui est en cause. «Il faut savoir redonner espoir aux commerçants» suggère-t-il.
Mais comment y arriver? «Il faut embellir les lieux, ajouter de l’éclairage», propose Sylvie Aubé.
«Qui a le goût de venir se promener sur Gouin?» rouspète Martin Hotte, tout en approuvant l’idée d’embellissement.
Harout Chitilian les rejoint: «Il faut investir dans le mobilier urbain, les bancs, de beaux bacs à fleur. Le budget a été voté. Nous attendons les propositions d’aménagement. Beaucoup de travaux se feront à l’interne. Pour d’autres, on fera des contrats.»
Quand cela se fera-t-il? «En général, ce genre de travaux se font l’été», indique le conseiller.