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Le quartier dit «non» à la violence conjugale

Les résidents du quartier imaginent un Bordeaux-Cartierville délivré de toutes les violences. Photo: (Photo : Depositphoto)
Au Poste de quartier 10, la violence conjugale se place en haut du tableau. Depuis 2006, une moyenne de 127 cas est signalée à la police chaque année. Dans ce contexte, la lutte contre la violence intrafamiliale sera le thème d’un atelier au troisième rendez-vous de la démarche de planification, organisé par Conseil local des intervenants communautaires (CLIC), le 13 avril.

Dans Bordeaux-Cartierville, quartier réputé tranquille, cette statistique place le PDQ 10 au 16e rang sur 33 PDQ à Montréal. Ces chiffres avaient interpellé dès le premier jour les participants, citoyens et représentants des organismes, à la démarche de planification de développement de Bordeaux-Cartierville. Tous avaient décidé de faire de la lutte contre la violence conjugale une problématique globale sans que celle-ci ne soit inclue dans les cinq enjeux de la démarche de planification. Des chiffres éloquents mais qui ne racontent pas les drames qui se passent derrière les portes closes.

Séquestration

Tout le monde sourit, même si ce que raconte la dame prêtait surtout à pleurer.

À 25 ans elle ne peut sortir de la maison. Lorsque son mari lui permet de rejoindre un organisme communautaire pour parfaire son français, il lui précise que les cours se terminant à 13h, elle devait impérativement être à la maison une demi-heure plus tard. De toute façon, le téléphone sonne à 13h30. Tout manquement à cette disposition entrainerait l’arrêt des cours. Elle ne peut pas non plus regarder la télévision à la maison, car bloquée par code. Lorsque son homme rentre, elle devra se cloîtrer dans sa chambre et s’occuper de sa fillette de deux ans, sa seule distraction à la maison.

Supprimer le mal

«Je veux tuer mon père» hurlait la fillette de quatre ans.

Elle était très perturbée. Elle chahutait et criait dans la garderie. On appela la mère pour comprendre où se situe le problème. On apprend que le père bat la mère et la fille. La mère est convaincue qu’elle n’aura aucun soutien à l’extérieur. Alors elle supporte la situation pour sa fille.

Protection

L’enfant, de quatre ans, ne pouvait dormir que dans les bras de sa mère.

Les parents avaient beau gronder, soudoyer, chicaner l’enfant, il était impossible de le faire quitter sa mère la nuit.

Après quelques mois de ce manège, la maman emmène l’enfant dans un organisme pour voir une psychothérapeute. Au bout de quatre séances, la spécialiste fait dessiner l’enfant. Sur le croquis, une porte à demi fermée, une femme à genoux et un serpent rouge.

L’interprétation du dessin sera confirmée par la mère. Une nuit, les parents s’étaient disputés supposant que l’enfant dormait. Le petit s’était réveillé et avait surpris le père frappant la mère. Elle était tombée et avait saigné. En s’agrippant ainsi à sa mère, l’enfant espérait pouvoir la protéger.

Un drame familial

«Ce sont quelques témoignages qui m’ont marqué», dit Maysoun Faouri, directrice générale de Concertation-femme.

«Depuis quelques années, il ne se passe pas une semaine sans que je reçoive une femme qui se plaint de violence», explique-t-elle.

Mme Faouri évoque toutes les violences psychologiques, financières et finalement physiques. Ce sont ces dernières qui gonflent les statistiques.

«Dans un tiers des cas de violence conjugale, un enfant est témoin», annonce Pierre-Luc Lortie conseiller en concertation au PDQ 10. «Dans tous les cas où les policiers sont appelés à intervenir, il y a un signalement qui est fait au CSSS», indique-t-il.

Solutions

Les plaintes n’aboutissent pas forcément en cours. Dans les cas de conjoints, à peine 36% des plaignantes poursuivent les procédures.

Par méconnaissance de leurs droits ou par souci de préservation de leurs foyers, explique-t-on. « Au PDQ, nous avons lancé en novembre 2012 une formation auprès des intervenantes pour la violence conjugale. Cela permet de mieux informer les victimes des aspects juridiques », avance Pierre-Luc Lortie. «Le programme sera reconduit cette année», annonce-t-il. «Dans les classes secondaires, nous donnons aussi des conférences sur la violence dans les rapports amoureux», révèle-t-il.

Les réponses ne sont pas uniquement judiciaires et il n y a pas que les victimes qui ont besoin d’aide. «On propose à toute personne appréhendée, pour des faits de violence conjugale, de rencontrer un spécialiste», signale Pierre-Luc Lortie. «C’est le meilleur moment pour ce genre de prise en charge et 75% des hommes acceptent cette proposition», convient-il. C’est une disposition offerte par Progam, le Centre d’intervention et de recherche en violence conjugale et familiale.

Au-delà, c’est tout un quartier qui prend en main la question de la violence en milieu familial. «Le 13 avril, on consacrera un atelier à la violence intrafamiliale», annonce François Richer du CLIC. Ce jour-là se tiendra le troisième rendez-vous de la démarche de planification en développement social de Bordeaux-Cartierville. Les Cartiervillois semblent décidés à stopper ces drames.

La violence en chiffres

-48% des cas concernent des personnes âgées de 18 à 29 ans.

-55% des violences se produisent dans les couples.

-30% sont le fait d’un ex-conjoint.

-94% des cas d’ex-conjoints atterrissent en cours.

-Alors qu’ils représentent 50% de la population du quartier, le taux de signalement chez les nouveaux arrivants est très bas.

-Voies de faits 55%

-Violences avec armes 20%

-Menaces 11%

-Harcèlement criminel 7%

-Séquestrations 3%

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