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Le casse-tête du recyclage des masques

Le casse-tête du recyclage des masques
Des déchets, dont un masque de protection individuelle, dans un dépotoir. Photo: Justin Sullivan/Getty Images

Obligatoires à l’école et maintenant dans tous les milieux de travail, que deviennent les masques jetables après utilisation? Des experts nous aident à y voir plus clair.

Au Québec, selon les informations mises à disposition par Recyc-Québec, cinq entreprises se chargent de récolter les masques. Multirecycle, JWG et Sanexen font de la «valorisation énergétique», tandis que Medsup et Terracycle font du recyclage.

«Au terme du processus de valorisation, les masques sont incinérés, explique le directeur de Multirecycle, Robert Gagné. L’énergie de la combustion est ensuite utilisée pour produire de l’électricité.

Selon lui, le recyclage des masques demanderait trop d’efforts humains et financiers. C’est aussi l’avis défendu par JWG.

«Recycler les masques est trop coûteux et trop compliqué parce que le masque contient plusieurs matériaux différents. Il faut donc le démonter à la main et cela représente aussi un risque sanitaire», précise Maïka Audet, coordonnatrice générale chez JWG.

Le directeur général du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets (FCQGED), Karel Ménard, confirme que le recyclage des masques est complexe et cher.

«Le recyclage pose beaucoup de questions. Medsup est capable de recycler seulement 20 000 masques par semaine, dit-il. Mais surtout, les billes de polypropylène issues des masques recyclés coûtent environ 45 000 $ la tonne alors que le matériau neuf vaut 1200 $ la tonne.»

Toutefois, la valorisation énergétique, qu’il qualifie «de destruction déguisée», ne lui paraît pas être une alternative positive. Elle s’effectue d’ailleurs souvent au sud de la frontière, ce qui signifie que les masques doivent être déplacés sur de longues distances en camion, dégageant donc des GES.

Analyse

D’après M. Ménard, la première étape pour répondre à l’enjeu de la récupération des masques est de procéder à une analyse de leur cycle de vie.

«Tant que cette analyse n’a pas été faite, il est impossible de dire si le recyclage ou la valorisation énergétique sont plus bénéfiques pour l’environnement que l’enfouissement», explique-t-il.

Recyc-Québec confirme que cette analyse vient d’être lancée. Les résultats devraient être disponibles dès le mois de juin.

«La récupération des masques est un enjeu qu’on aurait pu anticiper bien plus tôt, souligne la porte-parole de Québec solidaire en matière d’environnement, Ruba Ghazal. Les citoyens, les écoles devraient pouvoir être informées sur la meilleure manière de recycler leurs masques.»

La députée a d’ailleurs lancé une pétition pour la «Mise en place d’une solution écoresponsable pour le recyclage des masques jetables», dans l’objectif de pousser le gouvernement à agir.

Alternatives

L’analyste en réduction à la source et consommation responsable chez Équiterre, Amélie Côté, s’intéresse à des solutions qui permettraient de réduire le nombre de masques en circulation.

«Par exemple, une étude s’est penchée sur des procédés de décontamination des masques N95, explique-t-elle. La décontamination au peroxyde d’hydrogène ou aux rayons UV s’est montrée efficace, mais ce sont des méthodes complexes à implanter dans les hôpitaux, les CHSLD ou les écoles.»

Selon elle, une solution pourrait être de créer une norme pour les masques lavables en tissu. Une étude menée par l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST) a récemment montré que ces masques plus durables pouvaient être tout à fait efficaces.

Pour elle comme pour M. Ménard, la réflexion devrait aller au-delà des masques. Les objets à usage unique sont encore produits et consommés en très grande quantité.

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