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Passeport vaccinal: quelle utilisation pour les personnes itinérantes?

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Patty quête auprès des automobilistes régulièrement aux coins des rues Saint-Denis et Saint-Joseph. Elle aborde les gens avec le sourire et des chauffeurs d'autobus échangent souvent quelques mots avec elle. Photo: Josie Desmarais/Métro

Alors que le passeport vaccinal est entré en vigueur hier, comment cette mesure affecte les personnes en situation d’itinérance?

Bien qu’une partie de la population itinérante montréalaise soit vaccinée, la majorité n’a pas de téléphone cellulaire et leur situation rend difficile la possibilité de conserver des documents officiels sur papier.

Or, depuis hier, les Québécois doivent exhiber leur code QR téléchargé dans leur téléphone cellulaire ou imprimé sur une feuille de papier pour accéder aux lieux non essentiels. 

«Nous avons vu dans nos communications avec le gouvernement que les personnes en situation d’itinérance peuvent être exemptées [de présenter leur passeport vaccinal] dans certains services non essentiels. On donne des exemples seulement, dont les restaurants», soutient le président-directeur général de la Mission Old Brewery, James Hughes. 

Toutefois, la liste exhaustive de ces endroits n’est toujours pas disponible, ce qui inquiète M. Hughes. «Ce n’est pas clair l’étendue de ces services non essentiels. Est-ce que c’est tous les services non essentiels? Est-ce qu’il y a une exemption plus générale pour les personnes qui sont en situation d’itinérance ou est-ce que c’est limité?», demande-t-il. 

Comment prouver une situation d’itinérance?

De plus, James Hughes craint que les personnes sans-abris se voient refuser l’accès à des lieux non essentiels puisque beaucoup d’entre eux n’ont pas de carte d’identité indiquant qu’ils sont en situation d’itinérance.

«C’est un autre enjeu. Qu’est-ce qu’ils doivent montrer pour faire preuve de leur état d’itinérance?, se questionne-t-il. Et en cas de refus, qui appellent-t-ils? Qui est chargé d’intervenir pour empêcher que le refus ne se reproduise?»

Questionné à ce sujet, le ministère de la Santé et des Services Sociaux (MSSS) assure qu’il collaborera avec les intervenants sur le terrain, dont les travailleurs de rue, afin de rejoindre la clientèle en situation d’itinérance. «Ces derniers pourront évaluer les démarches à faire si de telles situations arrivent», ajoute-t-on.

Concernant un possible refus, le ministère dit se fier «au bon jugement et à la collaboration des commerçants».

Le gouvernement Legault a connu des ratés dans l’application des mesures sanitaires aux groupes marginalisés, notamment les personnes itinérantes. Il a notamment tenté d’appliquer le couvre-feu aux itinérants. Il a toutefois dû reculer après une décision d’un tribunal.

Quels «hébergements» sont essentiels?

Par ailleurs, la Mission Old Brewery demande à Québec de clarifier ce qu’il entend par le terme «hébergement», qui est inscrit à la liste des services essentiels dans une communication transmise à l’organisme.

«Nous espérons que le terme « hébergement » couvre toutes les formes de logement, y compris les logements temporaires, transitoires et permanents, et qu’une personne visitant un appartement n’aura pas à présenter une preuve de vaccination», explique James Hughes.

À ce sujet, la porte-parole du MSSS Noémie Vanheuverzwijn indique que le passeport vaccinal n’est pas requis pour les «options d’hébergement» des personnes itinérantes.

En effet, James Hughes souhaite qu’aucun locateur n’empêche quelqu’un de visiter un appartement parce qu’il n’a pas de passeport. «Notre priorité est d’aider les personnes en situation d’itinérance à se loger, à sortir de l’itinérance de façon permanente. Ça veut dire qu’ils doivent chercher et visiter des appartements, des studios et des chambres», précise-t-il. 

À la Direction régionale de la santé publique, on indique que des données sur la couverture vaccinale des personnes itinérantes devraient être disponibles «vers la fin de la semaine prochaine».

Des zones grises

Si une période d’adaptation est prévue du 1er au 15 septembre sans qu’aucune sanction ne soit appliquée, plusieurs zones grises demeurent encore quant à l’utilisation du passeport vaccinal. 

En effet, tous les organismes communautaires, jugés essentiels, n’ont pas à demander de preuve à l’entrée. Or qu’en est-il des restaurants communautaires qui accueillent des clients dans leurs salles à manger? 

Par exemple, au Chic Resto Pop, un organisme communautaire qui offre un service alimentaire, le passeport vaccinal ne sera pas obligatoire pour accéder «aux installations», a-t-on indiqué sur leur Page Facebook. 

Les mesures de distanciation, le port du masque et le lavage obligatoire des mains restent cependant de mise pour les repas en salle. 

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