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CHSLD Herron: le personnel d’agence venait «juste chercher un chèque»

Le CHSLD privé Maison Herron à Dorval.
Le CHSLD Maison Herron à Dorval. Photo: Capture d’écran

Du personnel soignant envoyé par l’agence de placement avec laquelle faisait affaire le CHSLD Herron venait «juste chercher un chèque», selon une préposée aux bénéficiaires qui a témoigné lundi à l’enquête publique portant sur les 47 décès survenus dans l’établissement privé durant la première vague de COVID-19.

Dès février 2020, le CHSLD Herron a commencé à utiliser les services d’une agence de placement de personnel qui lui référait des travailleurs pour combler les besoins de main-d’œuvre.

Interrogée à ce sujet, une préposée aux bénéficiaires employée depuis 15 ans à Herron, dont le nom ne peut être divulguée, a indiqué que la qualité des soins offerts par les employés d’agence n’était pas suffisante.

«Parfois, le personnel qui était envoyé par l’agence ne changeait pas les résidents. Donc on parle des couches», a-t-elle raconté en faisant référence à la période du mois de mars 2020. 

D’autres lacunes au niveau de la gestion du personnel d’agence ont aussi été révélées lors du contre-interrogatoire de la responsable de l’agence de placement, dont l’identité est protégée par une ordonnance de non publication.

«Aviez-vous l’impression que les gens qui venaient des agences venaient juste chercher un chèque?», a demandé la coroner qui préside l’enquête sur le CHSLD Herron, Me Géhane Kamel. La témoin a répondu par l’affirmative. 

La préposée aux bénéficiaires est tombée en congé maladie le 28 mars 2020, soit la veille du jour où le CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal a décidé de prendre en charge le CHSLD Herron. 

Des témoignages horrifiants à l’enquête 

Depuis une semaine, les témoignages d’horreur s’enchaînent devant la coroner Kamel.

Ceux-ci ont démontré que presque tous les employés de l’établissement privé avaient déserté l’endroit au printemps 2020, laissant des résidents mourir seuls dans leurs chambres.

Lorsque des représentants du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal sont arrivés au CHSLD Herron le 29 mars, la situation était «critique». 

Selon leurs récits, des résidents étaient recouverts d’excrément et en hypothermie dans leurs lits mouillés d’urine. Plusieurs n’avaient pas été nourris ni hydratés depuis des jours. D’autres étaient recouverts de plaies avec des pansements inchangés depuis des semaines.

Si les cadres du CIUSSS ont dû s’occuper rapidement des résidents laissés dans un état lamentable, les gestionnaires de l’établissement, qui a fermé ses portes à l’automne 2020, ne prêtaient pas main forte. 

Cependant, le bureau du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a indiqué qu’aucune accusation ne sera portée dans ce dossier

L’ex-directeur du CHSLD Herron, Andrei Stanica, et la propriétaire, Samantha Choweiri, seront les derniers à témoigner, le 16 septembre.

Les audiences de cette enquête publique s’inscrivent plus largement dans le cadre de l’enquête publique portant sur les décès de personnes âgées ou vulnérables survenus dans des milieux d’hébergement entre le 12 mars et le 1er mai 2020 au cours de la pandémie de COVID-19.

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