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CHLD Herron: les pieds sur le bureau pendant la crise, affirme le CIUSSS

Alors que des cadres du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal s’occupaient de nourrir, laver et soigner les résidents du CHSLD Herron laissés dans un état lamentable durant la première vague de la pandémie de COVID-19, les gestionnaires de l’établissement privé ne «participaient» pas et avaient même les pieds sur le bureau, affirme une coordonatrice du CIUSSS.

C’est ce qui est ressorti au troisième jour de l’enquête de la coroner portant sur les 47 décès survenus au CHSLD Herron, situé à Dorval.

Lorsque la coordonnatrice au CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal Martine Daigneault est arrivée à Herron le 29 mars, la situation était «critique». 

Les employés avaient déserté l’endroit à la suite d’une recommandation d’Info-Santé qui suggérait de s’isoler après un contact avec une personne infectée. 

Déshydratés, des résidents n’avaient pas reçu de soins ni mangé depuis des jours. D’autres baignaient dans leur lit «mouillé d’urine». Les planchers étaient «collants» et «une senteur constante» envahissait les trois étages. 

Le 29 mars, Martine Daigneault et une infirmière de profession qui avait postulé sur le site internet «Je contribue» ont dû rapidement s’occuper d’une soixantaine de résidents. 

La cadre est revenue faire le travail «d’infirmière et de préposée» chaque jour jusqu’au 9 avril tandis que la situation s’améliorait peu à peu. 

Aucune aide des gestionnaires du CHSLD Herron

Selon le récit de Martine Daigneault, le couple de gestionnaires du CHSLD Herron n’est jamais venu prêter main forte sur les étages. 

«Je m’attendais à ce qu’ils participent avec nous. Je me suis aussi dit qu’ils avaient autre chose à faire, je n’ai aucune idée, a-t-elle déclaré. Je me souviens, dans le bureau, le mari de madame était assis avec les deux pieds biens installés sur le poste d’accueil. J’étais surprise de voir ça.»

De plus, elle soutient avoir été victime «d’intimidation» de la part de la propriétaire de l’établissement, Samantha Chowieri, qui lui interdisait d’utiliser certains objets, comme la machine à café. 

Mme Daigneault soutient aussi que plusieurs salles du centre étaient verrouillées, ce qui compliquait son travail. «J’ai demandé au concierge d’avoir accès à la buanderie pour avoir accès à des débarbouillettes. Il nous a répondu non, qu’on n’avait pas d’affaires là-dedans […]. Il nous faisait sentir qu’on n’était pas chez nous.»

Pour la coroner Me Géhane Kamel, qui est chargée de présider l’enquête, il est clair que «c’était tendu» entre les responsables du CIUSSS dépêchés au CHSLD Herron et les gestionnaires de l’établissement privé. 

Tout le monde aurait dû mettre la main à la pâte pour sauver ces vies-là. Ça, il n’y a personne qui va m’enlever ça de la tête.

Géhane Kamel, coroner

Une «jeune gestionnaire dépassée»

La directrice du programme du soutien à l’autonomie des personnes âgées (SAPA), Brigitte Auger, a raconté à la barre comment elle, aussi, s’était occupée de certains résidents dès le 29 mars.

Selon son témoignage, les «problèmes de personnel» duraient depuis «quatre, cinq jours», voire «une semaine» à Herron. Brigitte Auger a décrit la propriétaire de l’endroit, Samantha Chowieri, comme une «jeune gestionnaire dépassée par la situation».

Bien qu’elle «faisait des efforts pour faire en sorte que son personnel rentre», Mme Chowieri ne semblait pas bien connaître le CHSLD Herron et son fonctionnement, a indiqué Mme Auger. 

Dans une lettre envoyée à la propriétaire du CHSLD Herron le 30 mars, la PDG du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, Line McVey, confie la gestion de l’établissement à Mme Auger.

La propriétaire du CHSLD Herron, Samantha Chowieri, ainsi que d’autres anciens gestionnaires de l’établissement, qui a depuis fermé ses portes, seront les derniers à témoigner dans trois semaines. Le directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a déjà annoncé qu’il ne déposerait pas d’accusations dans ce dossier.

Les audiences publiques sur le CHSLD Herron ont débuté lundi et dureront plusieurs semaines. Ce volet est l’avant-dernier de la vaste enquête publique portant sur les décès survenus dans des milieux d’hébergement lors de la première vague de COVID-19. 

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