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Poursuite contre l’émission Huissiers pour atteinte à la dignité

Une caméra. Photo: iStock

Citant des impacts sur «sa réputation, sa dignité et sa carrière professionnelle», un homme de St-Hubert a déposé une poursuite de 180 000$ contre la compagnie de production Pixcom, qui produit l’émission de docu-réalité Huissiers, diffusée sur Noovo.

Le 21 juin 2018, un huissier de justice se présente chez le demandeur, Dominic Vaillancourt, pour exécuter un jugement obtenu en la faveur de la Ville de Saint-Jean-Sur-Richelieu. Or, l’huissier était équipé d’une caméra corporelle et accompagné de 3 caméramans qui ont débarqué d’un même véhicule. Selon le poursuivant, le jugement «autorise uniquement la Ville ou ses représentants dans le cadre de l’exécution du jugement à pénétrer sur ledit lot».

Le demandeur, un analyste pour une société parapublique, affirme avoir fait l’objet de moqueries de ses collègues sur l’heure du dîner suite à la diffusion de l’épisode. La formulation «Hey la vedette!» aurait été employée par un de ses collègues. À plusieurs reprises, des gestionnaires auraient tenu des commentaires méprisants à son endroit.

L’homme réclame 60 000$ pour le non-respect de sa réputation et de sa vie privée, 60 000$ à titre de dommages-intérêts compensatoires et 60 000$ à titre de dommages-intérêts punitifs, pour un total de 180 000$. Il réclame aussi une injonction ordonnant à Noovo de cesser la diffusion de l’épisode le concernant.

Climat malveillant

Ce n’est pas la première fois que cette émission fait parler d’elle.

Dans une lettre ouverte envoyée à Métro, un organisme en santé mentale relate les propos d’une participante à l’émission qui dit avoir signé sans comprendre les autorisations pour être filmée alors qu’elle était en pleine crise.

«Je ne savais même pas qu’on me filmait pour la télévision. C’était une journée horrible, et je n’étais pas moi-même. J’ai tout perdu cette journée-là. Je n’aurais jamais accepté de participer à l’émission si j’avais compris de quoi il s’agissait. J’ai perdu des amis à cause de ça, et j’ai peur que ma famille et d’autres gens qui me connaissent voient l’émission», a-t-elle attesté.

Une pétition initiée par le Projet PAL considère que l’émission Huissiers participe à stigmatiser les personnes vivant un problème de santé mentale et demande l’arrêt de la production et la diffusion de l’émission.

Il est inacceptable d’utiliser des fonds publics pour présenter des situations difficiles et des enjeux complexes d’une manière si réductrice. Nous croyons que cela a un effet social négatif, et ça doit cesser.

Pétition

«De par son caractère sensationnaliste, elle renforce les préjugés négatifs dont sont victimes ces personnes au sein de notre société, et de ce fait, contribue à construire un climat malveillant. […] La dignité de ces personnes est gravement mise à mal», a souligné une représentante de l’Association des groupes d’intervention en défense des droits en santé mentale du Québec dans un commentaire écrit envoyé à Métro

«Quelle société voulons-nous? Une société qui se moque de ceux qu’elle contribue à écarter ou bien une société bienveillante et solidaire, qui fait son possible pour offrir à chacun la possibilité de vivre dignement, dans un logement?», ajoute-t-elle.

La pétition du Projet PAL est mentionnée dans la poursuite contre l’émission Huissiers.

Avec la collaboration de François Lemieux, Métro

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