Se peinturer en orange dans le coin
Il va encore lui falloir une boussole pour nous retrouver. Christian Paradis va probablement redevenir le ministre responsable de la région de Montréal. Stephen Harper n’a pas le choix: géographiquement, c’est le député situé le plus près de Montréal. L’ennui, c’est que sa circonscription de Mégantic-L’Érable se trouve à plus de 200 km de la métropole.
Pendant ce temps, les conservateurs ont fait élire 8 députés à Toronto, et 27 autres dans la zone dite 905 (l’équivalent de notre 450). Si jamais une empoignade survient entre Montréal et Toronto, qui va profiter du meilleur rapport de force, selon vous? Qui pourra faire bloc (sans jeu de mots) pour se faire valoir?
Ce n’est qu’une des conséquences malheureuses de cette bizarre d’élection qui voit, pour la première fois de l’histoire du Canada, un parti politique accéder au pouvoir de façon majoritaire sans représentation digne de ce nom au Québec. Au dernier décompte, les conservateurs avaient fait élire six députés ici.
Qu’on aime ou non Stephen Harper est secondaire. Le Québec a encore choisi de camper dans les estrades, alors que le jeu se déroule sur le terrain. Il va lui falloir s’égosiller pour convaincre Ottawa de verser les milliards de dollars nécessaires à la renaissance du pont Champlain ou pour lui demander le versement des 2,2 G$ attendus dans l’affaire de l’harmonisation de la taxe de vente. Le dossier va finir par se régler, mais maintenant, plus rien ne presse…
C’est vrai que les Québécois aiment les bravades et ils l’ont encore montré lundi. Prends ça, toé! On ne peut évidemment se concerter pour dire: «Idéalement, il nous faudrait tant de députés d’un bord et tant de l’autre.» Mais en mettant tous nos Å“ufs dans le même panier – de l’opposition -, nous nous peinturons dans le coin. Sans compter que plusieurs députés risquent de représenter misérablement leur électorat.
Ruth Ellen Brosseau, la dame d’Ottawa qui parle un peu français et qui n’a même pas fait campagne dans sa circonscription de Berthier-Maskinongé, va-t-elle vraiment pouvoir aider les municipalités du coin s’il faut obtenir une subvention pour réparer le toit d’un aréna qui coule ou s’il faut accélérer le traitement des de-mandes d’aide aux travailleurs d’une usine qui vient de fermer? En tout cas, on lui souhaite bonne chance.
Ce fut une soirée excitante, mais les jours qui viennent vont marquer un retour à la froide réalité. C’est long, quatre ans, quand on est exclu du pouvoir.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.