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Bill Gates: «L'aide donne des résultats incroyables»

Alexandre Zalewski - Metro World News en France

Bill Gates connaît la même réussite dans la philanthropie que celle obtenue en informatique. Sa fondation Gates créée avec sa femme Melinda est la plus importante du monde de la solidarité internationale. En décembre 2010, il a persuadé Mark Zuckerberg et Warren Buffet de se joindre à son initiative, qui consiste à donner à la fondation la moitié de leur fortune accumulée dans leur vie. Métro a rencontré le philanthrope lors de son récent passage à Paris.

Vous avez rencontré Nicolas Sarkozy ce lundi matin. Avez-vous obtenu quelque chose ?
J’ai accepté d’écrire un rapport sur l’aide au développement que je présenterai en décembre au G20. Ce rapport aura pour but d’explorer de nouvelles voies de financement. Nous avons discuter du rôle de l’innovation et de l’importance des joueurs qui sont au G20, mais pas au G8, comme la Chine et l’Inde. Pour ce qui est de l’aide de la France, le président Sarkozy m’a assuré qu’il comptait toujours, conformément aux objectifs du millénaire, consacrer 0,7% de son PIB à l’aide au développement d’ici à 2015. Je pensais obtenir un engagement chiffré, mais, avec la situation actuelle, cela semble compromis. À moins qu’il y ait une demande forte des électeurs.

Vous avez lancé Giving Pledge, qui réunit des milliardaires engagés à verser 50% de leur fortune à des Å“uvres. Avez-vous rencontré des Français intéressés ?
Giving Pledge s’adresse d’abord aux Américains et je suis fier que nous ayons réussi, avec Warren Buffett, à réunir plus de 60 membres. Si des riches d’autres pays veulent rejoindre notre initiative, ils seront les bienvenus. En Chine et en Inde, certaines personnes parlent de faire quelque chose. Et si d’autres veulent le faire en Europe, ce serait génial.

Comment expliquez-vous que certains riches soient plus enclins à investir dans l’art plutôt que dans l’aide au développement ?
Je ne saurais dire. J’ai observé que c’est dans les pays où il y a le plus de fortunes de première génération qu’il y a le plus d’enthousiasme pour la philanthropie. Une fois que les fortunes ont été données en héritage, il semble que cela devienne plus compliqué. En Chine et en Inde, toutes les fortunes ou presque sont de première génération. Et leur société ne leur dit pas quoi en faire. S’ils décidaient de joindre le mouvement, ce serait extraordinaire.

Comment les gens réagissent quand vous arrivez dans un village en Inde?
Ils ne savent pas qui je suis. Je ne suis connu que dans les grandes villes indiennes. En dehors des zones urbanisées, où les gens parlent anglais, personne ne me connaît.

Quel est votre prochain objectif?
Éradiquer la polio. La campagne d’éradication a débuté en 1998. Nous avons fait passer le nombre d’enfants paralysés de 300 000 par an en 1998 à 3 000 par an actuellement. Une seule maladie a été totalement éliminée en 1979 : la variole, qui tuait 2 millions de personnes par an. C’était un miracle. Nous voulons le refaire avec la polio. Le coût est très élevé : environ 2 G$ par an. Des enfants du Nigeria, de l’Inde ou du Pakistan doivent être vaccinés six fois par an, le vaccin doit rester réfrigéré, donné aux bons enfants … C’est extrêmement compliqué.

Avez-vous espoir de trouver un vaccin contre la malaria?
Oui. Nous sommes le plus gros donateur dans la recherche d’un vaccin. Un premier vaccin – qui réduirait la mortalité de 60 % – est à la phase des essais. Nous avons aussi neuf autres vaccins, à des étapes moins avancées. Ils pourraient avoir une efficacité de 98 % et seraient lancé en 2015, si tout va bien.

Pourquoi concentrez-vous autant votre action sur la vaccination ?
Nous nous sommes intéressés à la santé, et en particulier à la vaccination, parce qu’elle donnait les meilleurs résultats. Si vous évitez à un enfant d’avoir la polio, il conservera toutes ses chances de développement intellectuel et physique. Nous nous sommes aperçus qu’en fournissant des vaccins de base, les enfants étaient en meilleure santé, vivaient mieux et que cela avait une incidence directe sur le taux de natalité des femmes. La fondation est moins impliquée dans la santé reproductive car les vaccins ont cet effet additionnel de réduire les naissances.

Et l’agriculture?

Les trois quarts des personnes pauvres dans le monde sont des gens qui ont des petites fermes. Et ce sont ceux qui seront les premiers à souffrir des changements climatiques. C’est pour cela, par exemple, que nous avons fourni à deux millions d’agriculteurs indiens une variété de riz qui ne dépérit pas quand le champ est inondé. Maintenant, même s’ils sont régulièrement inondés, ils ne perdent pas leur récolte.

Vous n’êtes pas contre les OGM?

Les OGM sont comme des médicaments : si vous les utilisez sans contrôle, c’est mauvais. Mais ne pas les utiliser dans certains cas est aussi mauvais. La meilleure façon d’obtenir une céréale résistante à la sécheresse est la technique de modification génétique. C’est un outil qui a du potentiel.

Qu’attendez-vous du G20?
J’espère que les besoins des plus pauvres ne seront pas mis en bas des priorités. Et c’est probable : la crise financière aux États-Unis et en Europe ou le tsunami au Japon pourrait paraître plus important. Nous devons continuer à faire pression pour que les riches respectent leur promesse aux pauvres.

Il règne un certain scepticisme sur l’effet réel de l’aide. Certains économistes comme la Zambienne Dambisa Moyo – auteur du livre à succès  Dead Aid: Why Aid is Not Working and How There is a Better Way For Africa- vont jusqu’à dire qu’elle est nocive?
C’est faux. Ce n’est pas un travail sérieux. Regardez le cas de l’aide d’urgence en cas de famine. Son but est d’éviter que les gens meurent de faim.  Est-ce que cela marche ou pas? Ou devrait-on les laisser agoniser? Prenez le soutien à la vaccination : en 1960, 20 millions d’enfants sont morts. En 2010, seulement 8 millions sont morts!

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