La finance au primaire
En 2009, Harper a créé un groupe de travail bidon codirigé par notre Jacques Ménard national de la Banque de Montréal. Un expert en tout. Oh, surprise : «De la formation financière dès le primaire, suggère la Banque TD» (La Presse, 2 juillet 2010), comme le lucide Ménard. Tant qu’à niaiser, pourquoi pas à la garderie?
Avant d’enseigner la finance au primaire, ce qui rimerait avec propagande, nos bonzes devraient approfondir leurs propres connaissances des instruments financiers qui leur ont fait perdre des milliards lors de la crise financière qu’ils ont provoquée. Après leurs gaffes, ils ont passé «go» et les gouvernements les ont gavés de milliards en fonds publics. Même Jacques Ménard devrait «roder» sa formation en finance avant d’initier nos enfants : «Le mauvais pari de BMO coûte 680 M$» (Journal de Montréal, 18 mai 2007) et «Crise du papier commercial : la Banque de Montréal serait aussi touchée» (Journal de Montréal, 18 octobre 2007). Aux États-Unis, Phil Angelides, chargé d’enquêter sur la crise financière, a affirmé que le président de la Banque centrale, Ben Bernanke, et le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, «ne comprenaient pas la finance» (La Presse, 11 mai 2011) Ayoye!
Dans leur cours de finance, j’espère que nos respectables banquiers enseigneront à nos rejetons les rudiments des paradis fiscaux, des options d’achat d’actions et des abris fiscaux réservés aux pachas. Ils pourraient aussi expliquer comment «Goldman Sachs a aidé la Grèce à dissimuler l’ampleur de sa dette» (La Presse, 15 février 2010) et pourquoi «La CIBC paiera 2,4 G$ aux investisseurs floués par Enron» (Journal de Montréal, 3 août 2005). Faudrait aussi revoir les principes dépassés de l’économie capitaliste qui postulent une vive concurrence dans un marché où seuls les forts survivent. Dans l’industrie bancaire, les banques réalisent toutes des profits records, et elles affichent toutes les mêmes taux d’intérêt hypothécaires et des frais bancaires identiques. Ça adonne bien, la «coopérative» Desjardins «plaide en faveur de l’éducation économique au secondaire» (Le Devoir, 28 mars 2011). Ils sont prêts à fournir le matériel démagogique… pardon, pédagogique!
Comme 53 % des Canadiens gagnent moins de 30 000 $ par an, va falloir aussi parler d’endettement et de budget, un peu comme la mesure que l’Ontarien Mike Harris avait préparée pour les gueux : «La liste d’épicerie parfaite à 90 $ par mois.» Abolir les paradis fiscaux et les abris fiscaux, augmenter le salaire des travailleurs et nationaliser les banques rendraient futile ce cours débile. Et voilà que le tandem Legault-Sirois suggère un cours «d’éveil à l’entrepreneuriat» (Le Devoir, 2 juin 2011). Sont tous «crackpot ben raide». Je ne veux surtout pas de ça pour ma petite-fille Soliane.
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.