Soutenez

Terramex avait informé le vérificateur général

Photo: Métro

À deux reprises, entre 2008 et 2009, l’associé de Michel Leclerc, Luc Bédard, de Terramex a dénoncé les prix gonflés des projets auprès du vérificateur général à la Ville de Montréal.

«C’était pour arrêter le système. On pensait que ça pouvait donner des résultats. Ça n’avait plus d’allure», a affirmé le témoin dont le témoignage n’est pas diffusé en direct en raison d’une «condition médicale exceptionnelle».

M. Leclerc a toutefois avoir été fâché d’apprendre que M. Bédard ait été parlé au vérificateur général sans lui en avoir parlé préalablement. «Ça aurait pu mettre ma vie en danger», a expliqué M. Leclerc, mardi.

«Votre vie ou votre santé financière», a demandé Me Denis Houle, de l’Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec en contre-interrogatoire.

Malgré ses dénonciations, M. Leclerc affirme qu’il n’y a pas eu de suites. Pourtant, c’est à cette époque que le vérificateur général s’est inquiété de la concentration des contrats aux mêmes entreprises dans certains arrondissements de Montréal dans son rapport de 2009. C’est également en 2009 que l’escouade Marteau a été mise sur pied pour lutter contre la corruption.

Par ailleurs, à partir de 2009, M. Leclerc a indiqué que le trucage des appels d’offres a pris fin et n’a plus versé la cote de 3% à Nic Milioto destiné «au politique».

Au cours de la matinée de mardi, M. Leclerc est revenu sur une dizaine d’appels d’offres, tous truqués pour la plupart.

Quant à savoir si Robert Marcil, directeur de la réalisation des Travaux à la Ville de Montréal était au courant de la collusion, M. Leclerc ne saurait le dire. Par contre, il affirme qu’il voyait régulièrement M. Marcil et M. Milioto manger au restaurant.

M. Milioto, qui dirigeait l’entreprise Mivela, a été identifié par plusieurs experts comme l’intermédiaire entre la mafia et les entrepreneurs.

Lundi, M. Leclerc a expliqué qu’à force d’être intimidé il a fini par céder en participant à la collusion. Il avait convenu d’une entente avec M. Milioto où ce dernier obtenait les contrats de trottoirs et donnait les bordures de trottoirs en sous-traitance à Terramex.

Mais c’est Milioto qui décidait des prix. En 2005, Terramex avait obtenu un contrat pour la reconstruction de la chaussée, du pavage, des trottoirs avec fosses d’arbres, et de l’éclairage dans l’avenue Savoie. Il avait été convenu que Mivela Construction réaliserait une partie des travaux en sous-traitance.

Pour une bordure en agrégat que M. Leclerc évaluait à 25 000$, Mivela demandait 168 000$. M. Leclerc a alors informé la Ville que la bordure pourrait être réalisée en béton pour 20 000$. M. Milioto a eu vent de la discussion et a aussitôt appelé M. Leclerc pour lui faire savoir qu’il n’appréciait pas du tout ses agissements. Mivela venait de perdre 148 000$.

En 2008, cette fois Mivela obtient un contrat à 3,4 M$ et fait faire l’ensemble des travaux à Terramex pour 2, 6M$. M. Milioto a donc empoché 700 000$.

Selon M. Leclerc, il n’a jamais réussi à faire pleinement partie du cartel des égouts. Il n’avait «que des miettes» pour le faire taire, c’est-à-dire de petits contrats quand M. Milioto l’autorisait.

Sur chaque contrat effectué, il versait une cote de 3% à M. Milioto. Entre ces contrats, il devait effectuer des soumissions de complaisance pour des chantiers qu’il ne souhaitait pas nécessairement obtenir.

Me Houle a tenté de briser l’image de victime de M. Leclerc en affirmant que personne ne l’a obligé à venir travailler à Montréal. M. Leclerc lui a répondu que son entreprise était situé à Montréal et qu’il avait 40 employés à faire vivre. «Si je voulais faire travailler mon monde, je devais entrer dans le moule», a-t-il dit.

Le témoignage de M. Leclerc devrait se terminer en début d’après-midi. La diffusion des audiences reprendra par la suite pour les prochains témoins.

Soumission de complaisance

  • Pour les entrepreneurs du cartel, la présence d’autres joueurs comme Terramex donne l’apparence d’un marché libre de plusieurs joueurs.
  • Cela permet aussi d’apporter de la crédibilité aux prix gonflés de 30%. Si tous les entrepreneurs proposent un prix deux fois supérieur aux estimations, cela laisse croire qu’il s’agit de montants appropriés.

 

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.