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Publication de Gangs de rue inc.: Maria Mourani veut sonner l'alarme

Maria Mourani, qui détient un bac en criminologie et une maîtrise en sociologie en plus d’être députée du Bloc québécois, a lancé, la semaine dernière, son deuxième livre consacré aux gangs de rue.

L’ancienne agente de libération conditionnelle et éducatrice spécialisée a tenté de démystifier le phénomène. Pour ce faire, elle est allée à la rencontre de deux des gangs les plus dangereuses sur la planète, la Mara Salvatrucha (MS 13) et la Pandilla 18 du Salvador. Son constat est sans équivoque. Bien que les gangs de rue de Montréal n’ont rien des redoutées MS 13 et Pandilla 18, Mme Mourani ne croit pas que la métropole est à l’abri de ces groupes pour qui la violence est synonyme de quotidien.

Pour votre deuxième livre, vous vous êtes intéressée au gangs de rue du Canada, mais aussi du Salvador. Pourquoi?
Le message fondamental du livre tient au fait que Montréal n’est pas encore rendu comme le Salvador, mais qu’il ne faut pas attendre que ce soit le cas avant de réagir. Je voulais sonner à nouveau l’alarme. En 2006, après la parution de mon premier livre (La face cachée des gangs de rue), les gangs de rue faisaient parler d’elles. Le gouvernement avait investi pour lutter contre le problème. Mais depuis, on n’en entend plus parler. Pourtant, on sait que la Mara Salvatrucha est présente à Toronto et à Vancouver. On sait même qu’à Saint-Léonard, certains jeunes vouent une admiration sans borde à cette gang. Il faut faire attention.

Comment compareriez-vous les gangs de rue de Montréal à celle du Salvador?
Ce n’est pas du tout le même histoire. Ici, on lutte contre les gangs de rue. Là-bas, on fait la guerre aux gangs de rue. Au Salvador, il y a des morts liées aux gangs quotidiennement. Ce n’est plus la police qui tente d’en venir à bout, c’est l’armée. La Mara Salvatrucha possède des quartiers complets où elle fait la loi. À Montréal, les gangs de rue, c’est pratiquement des enfants de cÅ“ur en comparaison.

Vous avez parler à des membres de la Mara Salvatrucha et de la Pandilla 18 lors d’un voyage au Salvador. Comment êtes-vous entré en contact avec eux?
J’étais accompagnée par un très bon guide qui, sans que je sache exactement pourquoi, était très respecté par les deux gangs. Il m’a donc présenté à des membres des deux groupes en leur expliquant qu’ils pouvaient me faire confiance et me parler. Sans lui, jamais je n’aurais réussi. Là-bas, il faut établir un lien de confiance pour obtenir des informations valables des membres des gangs. Autrement, ils racontent n’importe quoi.

Vous dites que nous devons rester vigilants parce que des gangs violentes pourraient éventuellement s’intéresser au territoire montréalais. Croyez-vous que le Québec a ce qu’il faut pour lutter contre de tels groupes?
Non, le Québec n’est pas équipé pour lutter contre les gangs de rue. Il manque énormément de formation au niveau des procureurs et des juges, qui ne comprennent pas le phénomène. Les lois ne sont par ailleurs pas très coercitives par rapport à la drogue et à la prostitution, les deux domaines grâce auxquels les gangs de rue survivent. On dit même que la lutte à la prostitution n’est pas une priorité de la police. Pourtant, certains membres de gangs ne vivent que des fruits de la prostitution, qui peut leur rapporter des millions de dollars chaque année.

Croyez-vous qu’il est possible de vaincre le problème des gangs de rue?
Je pense que c’est possible d’amoindrir le pouvoir des gangs de rue, mais ça ne se fera pas tout seul. Tout le monde doit agir, tous les niveaux de gouvernement, les services de police, les familles, les travailleurs sociaux, les chercheurs même. Les gangs de rue sont en constante évolution. Il faut les comprendre pour mieux les contrôler. Parce qu’il faut bien comprendre qu’un phénomène criminel comme celui-là ne disparaîtra jamais. On ne peut pas l’effacer, on peut seulement le contrôler.

Avez-vous un autre projet de livre en préparation?
J’ai déjà en tête le sujet de mon troisième livre. Je voudrais cette fois explorer les liens qui unissent les gangs de rue aux groupes terroristes. Ce ne sera pas facile et la recherche sera sans doute risquée, mais j’espère pouvoir le publier plus rapidement que ce livre-ci (Gangs de rue inc.), qui m’a pris trois ans de travail.

Gangs de rue inc.
Publié aux Éditions de l’homme

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