Montréal

La haine raciale par courrier anonyme

La haine raciale par courrier anonyme
Photo: Josie Desmarais/MétroZahra et Ali ont reçu une lettre haineuse par la poste à leur résidence de Laval.

Une famille musulmane doit composer avec la dure réalité de l’intolérance, quelques jours seulement après son installation à Laval, car elle a reçu une lettre anonyme menaçante. Depuis, la famille est inquiète.

Zahra et Ali* habitent au Canada depuis 30 ans. Venus du Moyen-Orient, ils ont résidé à Toronto pendant une grande partie de leur vie, puis à Boisbriand, et ont déménagé à Laval le mois dernier.

La semaine passée, un expéditeur anonyme leur a envoyé une lettre qu’ils ont trouvé particulièrement intimidante.

Dans une enveloppe blanche non signée avec la mention «à la propriétaire», ils ont trouvé une photocopie d’une chronique portant sur le hijab publiée dans Le Journal de Montréal, écrite par Loic Tassé. La chronique a été annotée de commentaires écrits au stylo.

«Arrête de nous affronter […] On ne veut pas de hijab islamique, à bas le lavage de cerveaux d’adolescentes, compris. […] Moi j’ai enlevé ma kippa sans chialer, fais pareil», peut-on lire.

Harcèlement dénoncé

Pour la famille, ce geste est une forme de harcèlement.

«Le fait que quelqu’un ait eu l’audace et le temps de photocopier un article et nous l’envoyer personnellement par la poste, c’est invasif. C’est un autre niveau de harcèlement. C’est quelqu’un qui a ces sentiments envers nous et c’est très inquiétant», s’inquiète Zahra.

À Boisbriand, disent-ils, ils n’ont jamais reçu de menaces ou de commentaires haineux.

La famille a porté plainte au Service de police de Laval (SPL), mais sans nom et sans affrontement en personne, difficile d’ouvrir une enquête, explique Stéphanie Beshara, agente aux affaires publiques du corps policier.

Même s’il comprend le constat des services policiers, Ali ne sent pas que ses inquiétudes ont été prises au sérieux.

«Est-ce qu’on doit attendre que quelque chose de pire se produise pour y prêter attention?» demande-t-il.

Un manque de compréhension

«Ce n’est pas mon Canada, ce n’est le pays dans lequel j’ai grandi et ça vient d’un manque d’information», dit Zahra.

«De quel droit est-ce qu’on me dit quoi porter en tant que femme canadienne? Pourquoi est-ce qu’on suppose que lorsqu’on porte un hijab, ce n’est pas un choix personnel?» demande Zahra.

Pour elle, porter le voile n’est pas un signe d’affrontement. La famille incite les gens qui ont peur des musulmans à leur poser des questions.

«Les gens n’ont pas d’excuses d’être ignorants aujourd’hui alors qu’ils sont entourés de personnes qui viennent de toutes sortes de cultures. Parlez-leur», conclut la mère de famille.

Pour le couple, le fait que l’article vient du Journal de Montréal n’est pas anodin. Selon Ali, le média a un rôle important dans la propagation de la haine en raison des propos de ses nombreux chroniqueurs qui écrivent sur les musulmans.

«Je pense qu’il devrait y avoir une responsabilité de la part des médias, qui ont un pouvoir. Je respecte la liberté d’expression, mais le dommage pour les communautés est énorme», dit Zahra.

Appelé à réagir, Loic Tassé dit que son article se défend seul et qu’il ne souhaite pas «monter un fait divers en épingle». Le Journal de Montréal n’a pas répondu à nos demandes au moment d’écrire ces lignes.

Les prénoms du couple ont été changés pour protéger leur identité.