Montréal
03:33 18 novembre 2019

Ensemble Montréal demande que l’antidote aux opioïdes soit offert dans les bibliothèques municipales

Ensemble Montréal demande que l’antidote aux opioïdes soit offert dans les bibliothèques municipales
Photo: John Moore/Getty ImagesAu moins 250 personnes ont perdu la vie au Québec en raison d'une surdose d'opioïdes en 2017, selon des données de l'Institut national de santé publique du Québec.

L’opposition officielle à l’hôtel de ville demande que des employés des bibliothèques municipales de Montréal puissent administrer la naloxone, un antidote en cas de surdose d’opioïdes, comme cela se fait déjà ailleurs au pays.

«Plus on va avoir des intervenants formés, plus on va avoir une réponse adéquate aux problèmes de toxicomanie», estime le conseiller du district de Bois-de-Liesse, Benoit Langevin. 

M. Langevin fait partie des conseillers d’Ensemble Montréal appuyant une motion qui sera débattue pendant la séance du conseil municipal, lundi après-midi. Celle-ci demande à la Ville de s’allier au réseau de la santé afin de créer un programme de recrutement d’intervenants sociaux dans le réseau des bibliothèques de la métropole. Le parti réclame aussi que la Ville «forme et autorise des employés des bibliothèques à administrer la naloxone».

On cible le réseau des bibliothèques parce que de nombreuses personnes sans-abri ou aux prises avec des problèmes de toxicomanie se réfugient dans les bibliothèques municipales durant la journée, explique le directeur du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), Pierre Gaudreau.

«Lorsqu’administré dans les délais requis et de façon adéquate, la naloxone est un antidote extrêmement efficace, voire essentiel afin de prévenir les décès liés aux surdoses associées aux opioïdes», a d’ailleurs souligné à Métro le conseiller aux relations publiques du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, Justin Meloche. 

Partout dans la ville

Plusieurs organismes offrent déjà de l’aide aux personnes qui consomment des opioïdes, mais ceux-ci se situent principalement dans les quartiers centraux. En élargissant cette aide aux bibliothèques municipales, tous les quartiers de la métropole pourraient en bénéficier.

«Je pense qu’il faut avoir cette réflexion-là parce qu’il y a des besoins dans d’autres quartiers montréalais», souligne M. Langevin.

«Je vous dirais que le besoin est réel. Les personnes qui consomment des drogues ne sont pas que dans la rue et dans les organismes.» -Pierre Gaudreau, directeur du RAPSIM 

En 2017, plus de 250 personnes ont perdu la vie au Québec en raison d’une surdose d’opioïdes, selon des données de l’Institut national de santé publique du Québec. À Montréal, le nombre de cas de surdoses mortelles sur une base annuelle est «relativement stable» depuis 2017, précise M. Meloche. Ainsi, en 2017 et pour les premiers mois de 2018, on rapporte de 4 à 7 décès confirmés par mois dans la région de Montréal.

Ailleurs au pays

Cette motion, initiée par le conseiller de Saint-Michel, Josué Corvil, s’inspire d’initiatives prises ailleurs au pays. En Ontario, par exemple, quelques bibliothèques de Toronto, de Barrie et de Kitchener offrent une formation optionnelle à leurs employés en matière de prévention de surdoses aux opioïdes et d’administration de la naloxone.

Les employés des 21 bibliothèques municipales de Vancouver peuvent administrer la naloxone, ils doivent ensuite appeler les premiers répondants pour que ceux-ci puissent offrir des soins complémentaires aux personnes en crise.

«En utilisant les bibliothèques comme levier d’intervention, on a tout à gagner», a commenté M. Corvil.

À Montréal, depuis l’été dernier, les pompiers peuvent administrer la naloxone et depuis novembre 2017, les personnes qui en ont besoin peuvent se procurer gratuitement ce médicament dans toutes les pharmacies de la province 

«Il y a eu une amélioration certaine [de l’accessibilité à la naloxone], mais il y a encore des efforts à faire», soulève la directrice générale de L’Anonyme, Sylvie Boivin. 

Bien qu’elle salue l’initiative d’Ensemble Montréal, Mme Boivin estime qu’il ne faudrait pas que le financement d’un tel programme se fasse «au détriment» des organismes qui offrent déjà du soutien aux personnes qui ont des problèmes de consommation de drogues dans la métropole.

«Je veux m’assurer que les groupes qui offrent déjà ces services-là puissent continuer de le faire», ajoute-t-elle.