Montréal
05:00 16 décembre 2019 | mise à jour le: 13 décembre 2019 à 16:57 temps de lecture: 4 minutes

Pourquoi le nombre de voitures baisse-t-il à Montréal et pas ailleurs?

Pourquoi le nombre de voitures baisse-t-il à Montréal et pas ailleurs?
Photo: Josie DesmaraisDes voitures circulent sur l'avenue Papineau.

Malgré la hausse constante du nombre de voitures dans la grande région de Montréal, la ville-centre a enregistré de 2017 à 2018 la première baisse de son parc automobile ce siècle-ci. À quoi peut-on attribuer ce revirement de tendance, et que faire des augmentations en banlieue?

Le bassin de véhicules de promenade en circulation dans le Grand Montréal continue à pousser, constatent de nouvelles données de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM). De 2013 à 2018, il a crû de près de sept points de pourcentage.

Mais sur le territoire montréalais, la tendance s’inverse. Alors que l’augmentation de véhicules immatriculés au sein de la Ville de Montréal a grimpé sans exception de l’an 2000 à 2017, Montréal enregistre une baisse de 0,2% du nombre de voitures de 2017 à 2018. «On n’observe pas ça dans les autres secteurs du Grand Montréal», soutient le conseiller en recherche à la CMM Philippe Rivet.

Un peu plus de 645 000 véhicules – automobiles et camions légers – étaient immatriculés à la fin de 2018, observe la CMM. En 2017, on en comptait plus de 646 100.

Cette infime régression demeure «historique», selon le directeur général de l’organisme Vivre en ville, Christian Savard. «Depuis la Deuxième guerre mondiale, ce n’était qu’une progression massive des taux de motorisation. En 2018, qu’on voie la courbe s’infléchir même un tout petit peu dans l’autre sens, c’est majeur», analyse-t-il.

Cette statistique est d’autant plus impressionnante qu’elle transcende la croissance de la population, observe l’expert en mobilité Pierre Barrieau.

«Ça aurait déjà été une bonne nouvelle si le parc automobile était resté identique. Mais si, en plus, il a diminué malgré la croissance du nombre de personnes en âge de conduire, c’est le début, potentiellement, d’une bonne tendance», indique celui qui occupe le poste de chargé de cours dans plusieurs universités.

«Encourageant»

Questionnée par Métro en marge d’une séance du comité exécutif de la CMM, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, se réjouit de la statistique.

«C’est encourageant. C’est encore très timide, mais j’espère que ça va se matérialiser dans une tendance», souligne-t-elle.

Mme Plante émet toutefois des bémols par rapport aux tendances plus générales du Grand Montréal. «On voit que le nombre de voitures dans les banlieues tout autour augmente. On le sait, souvent les gens des banlieues vont venir travailler dans le centre-ville. Ça crée beaucoup de congestion», relativise-t-elle.

«On souhaite que de plus en plus de Montréalais délaissent la voiture solo, mais il faut aussi offrir des options pour les gens des banlieues. Parce qu’au final, ça se jette sur l’île.» – Valérie Plante, mairesse de Montréal

Pour «déplacer le plus de gens possible», la chef de Projet Montréal veut continuer à faire mousser ses projets de transport actif et collectif. «Tout cela, c’est financé par Québec. Le gouvernement a une motivation à augmenter le financement pour le transport collectif, mais il faut que l’argent suive», indique-t-elle.

Depuis son arrivée au pouvoir, l’administration actuelle a donné le coup de départ à plusieurs grands projets de transport durable, comme le Réseau express vélo (REV) et l’ajout de 300 autobus à la flotte de la Société de transport de Montréal (STM).

Impact administratif?

Aux yeux de Christian Savard, «ces bons résultats» ne sont pas attribuables qu’à l’administration Plante. «Ce sont des tendances lourdes. Toutefois, ils n’y ont sûrement pas nui à travers leur message très volontariste en appui au vélo et au transport en commun», évoque l’expert.

L’omniprésence des chantiers et les difficultés de déplacement dans la Ville «ont rendu la voiture inintéressante», souligne également Pierre Barrieau. L’apparition d’Uber et de Communauto sont d’autres facteurs à considérer, ajoute l’expert.

M. Savard invite désormais la ville-centre à poursuivre son travail d’incitation à utiliser le transport collectif. Mais elle doit aussi considérer des mesures «dissuasives», comme la réduction des cases de stationnement, propose-t-il.

«Si tu veux aller plus vite et plus massivement, soutient-il, c’est clair que les mesures qui font payer le vrai prix à la voiture – comme des vignettes de stationnement plus chères – contribuent.»

Avec des informations de Zacharie Goudreault

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