Montréal

Les cinq premiers axes du Réseau Express Vélo aménagés d’ici 2021

Les cinq premiers axes du Réseau Express Vélo aménagés d’ici 2021
Photo: Archives Le Flambeau

Montréal lance son Réseau Express Vélo (REV), un vaste circuit de 184 km qui comptera à terme 17 voies cyclables «mieux pensées». Première phase du projet, la réfection des axes Lajeunesse/Saint-Denis, Viger, Souligny, Peel et de Bellechasse sera réalisée d’ici 2021.

Ces axes achalandés par les cyclistes seront transformés en pistes surélevées ou bordées par des plantations d’arbres et des bandes de béton.

À court terme, la Ville entend couvrir certaines voies cyclables déjà existantes avec l’installation de «barrières physiques», comme des bollards et des plantations d’arbres, afin d’ augmenter la sécurité des cyclistes. Ce sera d’ailleurs le cas dès cet été sur la rue Viger et l’avenue Souligny, dans Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.

Sur les rues Saint-Denis, Lajeunesse et Berri, la création d’une piste cyclable de 10km causera probablement le retranchement d’au moins une voie de circulation.

Après 2021, un ou deux axes devraient être ajoutés au circuit chaque année, a indiqué la Ville, qui n’a toutefois pu fournir d’échéancier précis pour l’ensemble du projet. Plus de 200 feux de circulation seront aussi mis à jour en marge de ce grand chantier, qui sera financé par la «réserve vélo» de 15 M$ prévu au budget annuel.

«Non seulement on va mieux construire nos infrastructures cyclistes, mais nous irons à un rythme encore jamais vu. On va accélérer la cadence», a promis lundi la mairesse Valérie Plante, soulignant que la vitesse de réfection des voies cyclistes «aux 10 ans» n’est pas suffisante.

 «On veut une colonne véritable du réseau cyclable. C’est une bouffée d’air frais pour toutes celles et ceux qui ne se sentaient pas en sécurité d’aller au travail ou de laisser leurs enfants aller à l’école en vélo.» -Valérie Plante, mairesse de Montréal

Photo: Josie Desmarais/Métro

D’après la mairesse, le REV permettra aussi «de désengorger le réseau cyclable» et contribuera à la décongestion du transport en commun. «D’utiliser l’axe Jeunesse-Saint-Denis pour le Réseau Express Vélo, ça contribue aussi à enlever de la pression», a-t-elle illustré.

Des espaces de stationnement seront sacrifiés, notamment sur l’avenue Souligny et la rue Peel. «On gagnera toujours des trottoirs plus grands, a souligné la conseillère associée au développement durable, Marianne Giguère. C’est un projet gagnant, et on pourra toujours s’adapter en cours de route.»

«Il y a plusieurs scénarios possibles. On peut décider d’enlever une voie stationnement d’un côté, on peut décider d’en enlever des deux côtés ou même de retrancher des voies», a ajouté Mme Plante.

Selon Marianne Giguère, la possibilité que le REV bénéficie aux commerçants en facilitant le déplacement des cyclistes est réelle, comme c’est le cas à New York ou Toronto.

«C’est très probant. Là-bas, les affaires ont augmenté, les chiffres d’affaires ont augmenté, la fréquentation des commerces a augmenté. C’est reconnu que les cyclistes font de moins gros achats, mais achètent plus souvent. Ils vont arrêter davantage dans les quartiers qu’ils traversent.» -Marianne Giguère, conseillère associée au développement durable

Des réactions mitigées
Plusieurs groupes représentant les intérêts des cyclistes se sont dits mitigés par rapport aux investissements et au délai d’implantation du REV.

«Avec la crise climatique à laquelle on fait face, maintenir le budget vélo à 15 M$ par année, ce n’est pas du tout à la hauteur, a affirmé le porte-parole de Coalition Vélo Montréal, Daniel Lambert. On demande que cette somme soit triplée l’an prochain.» Son organisme, qui lutte depuis plusieurs années pour la création d’une bande cyclable sur la rue Sherbrooke, se désole que le REV n’inclut «aucun plan» pour cette grande artère.

Si elle dit reconnaître la nécessité du projet, la présidente de Vélo Québec, Suzanne Lareau, s’inquiète du temps que prendra l’implantation complète du REV. «Mon seul souhait, c’est qu’on déploie ce réseau-là plus rapidement que ce qu’on prévoit, a-t-elle dit. On nous propose une trentaine de km d’ici 2021, mais on ne parle pas d’échéancier pour le reste du réseau.»

«Si on construit le pont Champlain en trois ans, on doit être capables de construire le REV en six ou en sept ans.» -Suzanne Lareau, présidente de Vélo Québec

Le porte-parole de Vélo Fantôme Montréal, Alain Deschamps, soulève l’importance de réaliser plus de connexions entre les pistes cyclables existantes pour éviter que des cyclistes aient à s’aventurer sur des artères routières dangereuses.

«Le réseau cyclable actuel, c’est vraiment un patchwork des années de planification aléatoire, a-t-il soutenu. Ça manque vraiment de vision globale. Avoir un réseau comme ça qui est conçu à la base pour être intégral pour permettre le transit est-ouest et nord-sud à Montréal, c’est vraiment nécessaire.»

Appelé à réagir, le président de l’Association du camionnage du Québec (ACQ), Marc Cadieux, a insisté sur le bienfondé de la mesure «qui protégera les cyclistes», disant toutefois craindre ses impacts sur la circulation. «Il y a évidemment des effets pervers, a-t-il envisagé. La réduction de la possibilité de pénétrer dans la ville occasionnera des coûts supplémentaires pour la livraison de marchandises. Si on réduit des voies de circulation, on enlève des voies à notre industrie.»

Le chef de l’opposition officielle, Lionel Perez, s’est dit «surpris» que la rue Saint-Denis figure dans le projet, à peine quelques semaines après que la présidente de la SDC locale ait demandé de ne pas toucher aux trottoirs. «Deux voies de circulation seront retranchées. Ce n’est certainement pas ça qui va aider les commerces de la rue Saint-Denis» , a-t-il déploré, soulignant que la fluidité «risque de se détériorer grandement».

En collaboration avec Zacharie Goudreault