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Piétonnisation d’artères commerciales: «pas une solution mur à mur»

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Le boulevard St-Laurent, à Montréal, est réservé aux piétons sur un long tronçon jusqu'au 23 août. Photo: Pablo Ortiz/ Métro

Le succès des projets de piétonnisation à Montréal varie d’une artère commerciale à l’autre, causant la joie des uns et la frustration des autres, a constaté Métro. Une situation qui démontre que de réserver une rue aux piétons ne représente pas une «solution mur à mur» pour faire face à la crise du coronavirus, selon des experts.

Dimanche après-midi, de nombreux piétons déambulaient sur le boulevard Saint-Laurent, s’arrêtant pour prendre une verre ou manger un morceau sur une terrasse ou encore pour faire des emplettes dans divers magasins, a constaté Métro lors d’une balade sur place. Du 13 au 23 août, l’artère commerciale restera réservée aux piétons entre la rue Sherbrooke et l’avenue du Mont-Royal afin d’aider les commerces du secteur à renflouer leurs coffres tout en permettant la tenue tardive du festival Mural dans une version adaptée à la crise sanitaire.

«Je peux vous dire que toutes les terrasses étaient pleines ce week-end», affirme à Métro la directrice générale de la Société de développement commercial (SDC) du boulevard Saint-Laurent, Tasha Morizio.

Plusieurs facteurs

Sur la rue Saint-Denis, que l’arrondissement de Ville-Marie a réservé aux piétons du 4 juin au 31 octobre entre la rue Sainte-Catherine et la rue Sherbrooke, le nombre de passants est toutefois bien moins imposant que sur l’artère commerciale voisine.

«C’est certain que les commerçants en arrachent encore», concède la directrice générale de la SDC du Quartier latin, Angélique Lecesve. Une situation que plusieurs associent notamment au manque de diversité commerciale sur ce tronçon de la rue Saint-Denis, qui compte environ 75% de restaurants et de bars. On compte aussi moins de résidents à proximité de ce secteur que dans les rues voisines de la section piétonne du boulevard Saint-Laurent ou de l’avenue du Mont-Royal, par exemple. 

«On a beaucoup de difficultés à attirer des gens», soupire le copropriétaire de la brasserie artisanale L’amère à boire, sur la rue Saint-Denis, René Guindon.

Le chargé de cours en urbanisme à l’UQAM, Pierre Barrieau, souligne pour sa part que certains commerces de la rue Saint-Denis qui dépendent des livraisons écopent de cette piétonnisation. Celle-ci entraîne aussi une augmentation de la congestion routière dans les rues voisines, souligne l’expert, qui «questionne» la pertinence de cette initiative.

Pas une solution «mur à mur»

«La piétonnisation, c’est un outil parmi d’autres. Il peut fonctionner, mais pas tout le temps […] Ce n’est pas une solution mur à mur», reconnaît d’ailleurs le consultant en développement commercial Glenn Castanheira. Ce dernier estime toutefois que cette initiative était justifiable dans le Quartier latin, compte tenu de la majorité de restaurants et de bars qui ont pu en bénéficier en aménageant une grande terrasse devant leur établissement.

«Ça a été difficile à démarrer en termes d’achalandage, je ne vous le cacherai pas. Mais depuis deux semaines, les gens viennent le week-end», affirme d’ailleurs Mme Lecesve. Elle estime ainsi que cette piétonnisation permet globalement de limiter les répercussions de la crise sanitaire sur les commerçants du secteur. Un constat que partage le responsable du développement économique à la Ville, Luc Rabouin.

«C’est une façon de générer de l’intérêt pour que ça soit une destination. On n’avait pas le choix d’agir», martèle-t-il.

Des détaillants écopent

Les projets de piétonnisation causent toutefois des maux de tête à de nombreux commerces de détail. C’est le cas notamment de l’épicerie La Vieille Europe, sur le boulevard Saint-Laurent, qui a vu ses ventes chuter depuis le début de la piétonnisation temporaire de l’artère.

«Les clients réguliers ne viennent pas parce qu’il n’y a pas de stationnement», laisse tomber un des copropriétaires de l’établissement, Nelson Dos Santos.

Même son de cloche du côté du propriétaire de La Maison du hamac, sur la rue Saint-Denis, Mohsen Saberian. «On a des clients qui viennent de très loin, même de Drummondville ou de Québec. S’ils ne peuvent pas se rendre à notre commerce, ils vont privilégier les géants comme Amazon et les grandes chaînes», souligne le commerçant.

«La Ville nous étouffe complètement. Si ça continue comme ça, on pourrait devoir se relocaliser.» -Mohsen Saberian, commerçant

La SDC du Quartier Latin a toutefois annoncé lundi après-midi avoir conclu une entente avec la Grande Bibliothèque, le Théâtre Saint-Denis et l’UQAM. Ces trois institutions offriront ainsi jusqu’au 31 octobre des rabais de 40 à 50% dans leurs stationnements, ce qui devrait bénéficier aux commerçants du secteur.

«On essaie de trouver des façons de répondre de la façon la plus large possible aux commerçants. Mais si on ne fait pas la piétonnisation, on nuit à une bien plus grande majorité de commerces», affirme Luc Rabouin.

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