Montréal

Comment freiner l’étalement urbain, accentué par la pandémie?

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Le secteur des transports est responsable de plus de 40% des émissions de GES au Québec. Photo: Josie Desmarais/Métro

La pandémie a favorisé l’étalement urbain à l’extérieur de Montréal, accentuant la pollution et les dommages environnementaux. Pour freiner l’exode de citadins à la recherche de logements plus grands dans un milieu naturel, un organisme propose d’offrir des solutions de rechange à l’auto-solo et de miser sur le verdissement.

Dans les derniers mois, les appels se sont multipliés en faveur d’une relance verte, axée sur la protection de l’environnement. L’étalement urbain, en plus d’augmenter les déplacements motorisés, a entraîné la destruction d’espaces verts et la conversion de terres agricoles en projets immobiliers.

«Ce chemin du repli [à l’extérieur des grands centres], il implique une course à la méga maison pour disposer de plus d’espace et il implique souvent une course pour avoir accès à un espace boisé, près d’un cours d’eau ou d’une rivière. Et bien évidemment, si quelques milliers de ménages s’installent dans la forêt, bien la forêt, elle n’existe plus», a soulevé vendredi la directrice principale de Vivre en Ville, Jeanne Robin. Celle-ci a pris part à un forum virtuel tenu tout l’avant-midi pour revenir sur les impacts de la première année complète de la pandémie dans la province.

Selon l’Institut de la statistique du Québec, entre 2019 et 2020, l’île de Montréal a perdu un total de 36 000 résidents, en soustrayant les personnes qui sont venues s’y établir. Il s’agit là d’un record par rapport aux dernières années. L’année précédente, cette perte nette était d’un peu moins de 28 000 résidents. Cet exode de Montréal a surtout bénéficié aux régions voisines, comme les Laurentides, Lanaudière et la Montérégie.

La pandémie stimule l’étalement urbain

Si ce phénomène est en cours depuis plusieurs années, la pandémie semble l’avoir exacerbé. Le télétravail et à l’achat en ligne ont réduit la nécessité de se trouver à proximité du bureau et des commerces pour s’approvisionner. L’attrait des Québécois pour des logements plus grands a aussi augmenté, rendant les maisons unifamiliales plus populaires que celles en copropriété.

L’étalement urbain peut aussi avoir un impact sur les émissions de gaz à effet du serre associées au secteur du transport, estime Mme Robin. Au terme de la pandémie, plusieurs entreprises prévoient que leurs employés reviendront au bureau seulement quelques jours par semaine, tout en continuant de travailler de la maison les autres jours. C’est notamment ce qu’envisage la Société de transport de Montréal pour plus de 2 000 de ses employés administratifs.

«Si on remplace les déplacements quotidiens courts par de longs déplacements hebdomadaires, on ne réduira pas le bilan carbone», a rappelé Mme Robin.

Moins de voitures, plus d’espaces verts

En entrevue à Métro en marge de cet événement, auquel ont pris part divers experts, Mme Robin a souligné l’importance d’offrir plus de solutions de rechange à l’automobile en ville afin d’inciter les résidents à y rester.

«Créons des milieux de vie où on peut se déplacer sans prendre chaque jour sa voiture», réclame-t-elle. Pour ce faire, elle invite les villes, comme Montréal, à retrancher des places de stationnement pour en faire des pistes cyclables ou pour élargir des trottoirs, malgré la grogne que cela peut soulever chez certains résidents.

«Il y a une possibilité d’augmenter la part des déplacements à pied, mais ça prend des aménagements sécuritaires», ajoute-t-elle au bout du fil. Mme Robin presse ainsi la Ville de Montréal d’accélérer la cadence dans la mise en place de sa stratégie Vison Zéro, qui vise à rendre les routes plus sécuritaires pour les piétons et les cyclistes. «Il y a un important travail à faire», estime Mme Robin.

Cette dernière voit aussi le verdissement comme une solution pour améliorer la qualité de vie des Montréalais, et donc prévenir leur exode vers la banlieue.

«Ça a une valeur incommensurable, les espaces verts», a d’ailleurs souligné vendredi la mairesse de Montréal, Valérie Plante, qui a pris part à ce forum virtuel. Elle a ainsi promis que la Ville continuera ses efforts pour augmenter le verdissement de la métropole. Un grand parc pourrait notamment prendre forme dans l’est de l’île au cours des prochaines années.

400 M$ pour le transport actif

La ministre fédérale de l’Infrastructure et des Collectivités, Catherine McKenna,  a d’ailleurs annoncé vendredi l’octroi de 400 M$ sur cinq ans pour aider les municipalités du pays à créer des aménagements destinés aux transports actifs. Ce fonds servira notamment à financer l’aménagement de sentiers, de pistes cyclables et de «passerelles pour piétons», indique un communiqué publié en matinée.

«On sera au rendez-vous», a réagi Valérie Plante, qui entend bien bénéficier de ce fonds. Son cabinet n’a toutefois pu détailler à Métro ses attentes à cet égard, vendredi.

«Cette relance doit miser sur le transport.» -Valérie Plante, mairesse de Montréal

La Ville de Montréal a d’ailleurs l’ambition de créer des quartiers «zéro émission», où la grande majorité des déplacements pourra se faire avec des modes autres que la voiture à essence. Mme Plante a souligné à cet égard le développement à venir du quartier Lachine Est et du site de l’ancien hippodrome Blue Bonnets.

Le transport en commun ne sera d’ailleurs pas en reste alors que le prolongement de la ligne bleue du métro de Saint-Michel à Anjou est en cours et qu’un prolongement du Réseau express métropolitain vers l’Est est à l’ordre du jour.

«Ce sont deux grands projets qui ont la capacité de transformer Montréal, surtout dans la partie est de l’île», a rappelé Mme Plante.

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