Montréal

Cafouillage concernant l’accès au métro la nuit pour les itinérants

Halte chaleur Accueil Bonneau
Photo: Josie Desmarais

L’ouverture de trois stations de métro pour les personnes itinérantes durant la nuit de lundi à mardi a créé un véritable cafouillage dans le travail des organismes qui œuvrent auprès de cette clientèle. Non seulement ils n’avaient pas reçu l’information en amont lundi, mais on ne les a pas non plus avertis que les métros resteraient fermés dans la nuit de mardi à mercredi, et ce, malgré le froid extrême

Emmanuel Cree, travailleur de rue auprès des populations itinérantes dans le secteur Ville-Marie, estime que la Ville de Montréal et la Direction régionale de la santé publique de Montréal (DRSP) ont offert un «chaos rarement vu en matière de communication avec les organismes communautaires travaillant en itinérance». 

Dans la nuit de lundi à mardi, sans que ce soit annoncé aux organismes communautaires, les stations de métro Berri-UQAM, Langelier et Atwater sont demeurées ouvertes pour que les personnes itinérantes puissent y passer la nuit.

Une porte-parole de la Société de transport de Montréal (STM), Isabelle Tremblay, et le porte-parole du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, Jean-Nicolas Aubé, indiquent que cela a été fait en vertu des mesures d’urgence hivernales du réseau de la santé de Montréal considérant la situation pandémique et la vague de froid. «Il s’agissait d’une situation de dernier recours», précise Mme Tremblay. 

Propagation d’une information erronée

Durant la journée de mardi, l’information selon laquelle trois stations de métro (Berri-UQAM, Langelier et Bonaventure) resteraient ouvertes dans la nuit de mardi à mercredi circule entre les organismes communautaires et les intervenants auprès des itinérants, explique Emmanuel Cree. Cette information s’est révélée fausse. «Nos coordinations nous envoyaient des messages pour nous dire qu’on pouvait transmettre l’info sur la rue, poursuit-il. Mais elles essayaient de contacter la Ville et la santé publique pour obtenir une confirmation.» 

En fin d’après-midi mardi, Emmanuel Cree est à la station Berri-UQAM pour transmettre la «bonne nouvelle» aux personnes en situation d’itinérance qui s’y réchauffent. «Entre 16h et 18h, j’ai dû le dire facilement à 20 ou 25 personnes», dit-il. 

Les intervenants de l’organisme Spectre de rue sont aussi de ceux ayant relayé l’information erronée auprès de leurs usagers. «Dans l’après-midi, les travailleurs de rue avaient appris [par le bouche à oreille] que les métros seraient ouverts. Dans leur tournée, ils ont donné cette information aussitôt qu’ils pouvaient aux personnes dans la rue», explique la directrice générale de l’organisme, Annie Aubertin.

Vers 18h mardi, alors qu’il croise une équipe d’agents de la STM en patrouille mixte avec une intervenante de la Société de développement social (SDS), Emmanuel Cree apprend de leurs bouches que les métros resteront fermés pendant la nuit de mardi à mercredi. «Là, c’est la panique parce que ça fait deux heures que je dis aux gens qu’ils ont un endroit où dormir ce soir. Ils basent un peu leurs plans là-dessus», raconte-t-il.

Jusqu’à tard dans la soirée de mardi, des organismes communautaires comme Spectre de rue ont continué de relayer l’information erronée, notamment par leurs réseaux sociaux.

Tout ce chaos en pleine crise, alors que l’administration Plante dit faire tout en son pouvoir pour gérer la situation. Il y a un cafouillage monumental au niveau du planning.

Emmanuel Cree, travailleur de rue

Températures glaciales à venir

Impossible de savoir pour le moment si l’ouverture de certains édicules de métro se fera à nouveau prochainement. 

«Considérant que la situation évolue rapidement et que nous sommes en contact constant avec nos partenaires (incluant la santé publique), nous continuerons de collaborer avec eux en fonction des besoins liés à cette situation exceptionnelle et évolutive (pandémie et grands froids)», affirme la porte-parole de la STM Isabelle Tremblay. 

Alors que les températures seront une fois de plus glaciales à compter de vendredi, Emmanuel Cree et Annie Aubertin demandent que des stations de métro soient ouvertes de nouveau pour les personnes itinérantes. «On ne comprend pas trop pourquoi on n’est pas dans le coup de ces informations-là. On ne comprend pas non plus pourquoi c’est une surprise qu’il fasse -30 degrés l’hiver», souligne Mme Aubertin.

Le problème, c’est que ce genre de cafouillage n’est pas nouveau. Chaque hiver, c’est la même chose. 

Emmanuel Cree, travailleur de rue

La responsable des opérations à la Mission Old Brewery, Émilie Fortier, pense aussi que les grands froids, jumelés au manque de places en refuge, étaient prévisibles depuis longtemps. «C’est beau de réagir un 8 janvier, mais ce sont des choses qu’on a demandées au mois de mai ou juin», ajoute-t-elle. 

Une option de «dernier recours»

Pour la Ville de Montréal, l’ouverture des stations de métro la nuit est une solution qui doit être envisagée seulement en «dernier recours».

D’ailleurs, toutes les personnes en situation d’itinérance qui ont été localisées durant la nuit de lundi ont été déplacées vers cette halte-chaleur située dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, et non vers les métros, indique le relationniste pour la Ville Guillaume Rivest.

En effet, une halte-chaleur pouvant accueillir 20 personnes a ouvert ses portes le 8 janvier dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal. C’est toutefois insuffisant, selon les intervenants.

Les personnes itinérantes ont été accompagnées vers des ressources sûres avec des intervenants spécialisés, et le métro n’est pas un lieu adapté pour ces besoins, assure Guillaume Rivest. «Les lieux dignes et sécuritaires sont privilégiés en tout temps, et le métro est une solution qui doit être envisagée seulement en dernier recours», ajoute-t-il par courriel.

Le Centre de soccer de Montréal, situé dans l’arrondissement Villeray–Saint Michel–Parc-Extension, offrira 300 places d’hébergement aux personnes en situation d’itinérance dès ce jeudi 13 janvier, a annoncé la mairesse de Montréal, Valérie Plante, mardi. Selon elle, 1500 places d’hébergement d’urgence sont actuellement disponibles dans la métropole.

Lundi soir, un itinérant de 74 ans est décédé dans un campement de Notre-Dame-de-Grâce, alors qu’il était en état d’hypothermie. 

Lors de la séance du comité exécutif mercredi matin, Valérie Plante a réagi au décès. «Si j’ai un message à passer, c’est qu’il ne faut pas rester au froid. C’est l’hiver, le froid ne pardonne pas. Il faut se rendre dans les services disponibles, il y en a plusieurs», a-t-elle déclaré. 

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