Montréal

Verra-t-on d’autres campements itinérants cet été?

Un campement itinérant rue Notre-Dame.
Un campement sauvage rue Notre-Dame. Photo: Métro

À l’approche de l’été et avec la fermeture de refuges à la fin du plan hivernal, nombre d’itinérants se retrouvent sans ressources. Alors que la crise du logement frappe toujours la métropole en plus d’une pandémie qui s’étire, verra-t-on d’autres campements itinérants cet été?

Guylain Levasseur, une des figures emblématiques du campement de Notre-Dame Est, n’est pas certain qu’il y aura des campements d’itinérants à l’été. Selon lui, trop d’itinérants sont fatigués de voir leurs installations démantelées à répétition par les autorités et ils préfèrent «se cacher pour vivre».

«Le monde ne veut pas se mettre trop collé, sinon ils se font démanteler. […] Il y en a qui se sont fait démanteler cinq ou six fois», explique Guylain Levasseur.

Les personnes en situation d’itinérance seraient désormais éparpillées. Ou bien elles se rassembleraient par petits groupes pour éviter d’être trop vite repérées.

«Quand ils sont isolés, ils ne sont pas en sécurité»

M. Levasseur s’inquiète de voir les personnes s’isoler aux quatre coins de la Ville et être «laissés à eux-mêmes». Selon lui, les conséquences peuvent être désastreuses pour leur santé mentale et leur sécurité physique et alimentaire.

Quand ils sont isolés, ils sont pas en sécurité, ils sont laissés à eux-mêmes […] S’il y en a qui sont des consommateurs, la personne fait une overdose elle va être toute seule et ils vont la ramasser morte.

Guylain Levasseur

Au campement de Notre-Dame, «on était rendu comme une petite famille», explique-t-il. «Il y en a qui m’ont dit qu’ils avaient jamais aussi bien mangé le temps qu’on était au campement de Notre-Dame».

Pour le directeur adjoint de l’organisme l’Anonyme, Julien Montreuil, l’impact des démantèlements n’est pas une surprise. Face à la crise du logement, les campements sont «symptomatiques» du peu de choix qu’ont les personnes en situation d’itinérance.

Le démantèlement «n’est pas la solution» selon lui, car il rend les personnes encore plus vulnérables et marginalisées.

On a de la misère à les retrouver, car elles ne veulent pas être retrouvées. Souvent, elles vont même pas vouloir qu’on sache où elle se trouvent, même si elles ont confiance en nous. Elles disent: « si les gens savent où je suis, je vais me faire démanteler ».

Julien Montreuil, directeur adjoint de l’Anonyme

Mettre un terrain à leur disposition?

Guylain souhaiterait que la Ville de Montréal mette à disposition des personnes itinérantes un terrain pour qu’elles puissent se regrouper. Les travailleurs de rue pourraient ainsi venir au campement pour aider les personnes sur place qui sont dans le besoin.

La Ville de Montréal avait démanteler le campement de Notre-Dame à l’automne 2020 après l’incendie d’une tente.

«Si on se met à fermer les milieux de vie où il y a un feu, on finira plus. Ça ne fait pas de sens, si il y a un feu dans un endroit caché où il y a une ou deux tentes, les risques qu’il y ait un décès sont beaucoup plus grands», explique Julien Montreuil.

Pour la mairesse de la Ville de Montréal, Valérie Plante, laisser s’implanter un campement n’est pas une «solution viable».

«On l’a vu aussi à travers d’autres villes, d’autres pays où il y avait des campements où justement ce n’étaient pas des conditions de vie qu’on veut mettre de l’avant pour les citoyens», a déclaré la mairesse. Elle a souligné son désir que Québec sorte de la «logique saisonnière» en matière d’itinérance.

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