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Le CRÉ dévoile la Déclaration de Montréal sur l’exploitation animale

Photo: iStock

Certes, la Cinquième Symphonie de Beethoven n’est pas l’œuvre de la conscience animale. Les retentissants sonnets de Shakespeare ne sauraient être attribués à la pensée des bovidés. Pour autant, ces observations suffisent-elles à justifier la domination que les êtres humains exercent sur l’espèce animale? Plusieurs centaines de chercheurs s’accordent à dire que non.

Ce mardi 4 octobre 2022, à l’occasion de la Journée mondiale des animaux, le Centre de recherche en éthique de Montréal (CRÉ) dévoile la Déclaration de Montréal sur l’exploitation animale.

Ce plaidoyer en faveur des animaux rassemble les signatures de 450 universitaires spécialisés en philosophie morale et politique, issus d’une quarantaine de pays.

Au vu de l’état actuel des connaissances dans leur champ d’expertise, les signataires de la déclaration appellent les êtres humains à «transformer en profondeur leurs relations avec les animaux».

«Nous condamnons l’ensemble des pratiques qui supposent de traiter les animaux comme des choses ou des marchandises. Dans la mesure où elle implique des violences et des dommages non nécessaires, nous déclarons que l’exploitation animale est injuste et moralement indéfendable», déclarent les chercheurs.

Des êtres «sentients»

La Déclaration de Montréal sur l’exploitation animale fait écho à la Déclaration de Cambridge sur la conscience, présentée dix années plus tôt, en 2012. Cette dernière statuait que «des données convergentes indiquent que les animaux non humains possèdent les substrats neuroanatomiques, neurochimiques et neurophysiologiques des états conscients ainsi que la capacité de se livrer à des comportements intentionnels».

Selon les signataires de la déclaration, les arguments avancés pour légitimer l’exploitation animale «ne sont pas pertinents», particulièrement ceux qui renvoient à la supériorité des êtres humains sur les plans mental et intellectuel.

«Il existe des différences entre les êtres humains et les autres animaux, tout comme il en existe entre les individus au sein des espèces, note la déclaration. Les capacités d’un individu à composer des symphonies, à faire des calculs mathématiques avancés ou à se projeter dans un avenir lointain, aussi admirables soient-elles, n’affectent pas la considération due à son intérêt à ressentir du plaisir et à ne pas souffrir.»

Accorder une plus grande valeur aux intérêts des plus brillants reviendrait à «hiérarchiser les individus en fonction d’une faculté n’ayant aucune pertinence morale», indique le texte.

La déclaration rappelle également qu’en éthologie et en neurobiologie, «il est bien établi que les mammifères, les oiseaux, les poissons et de nombreux invertébrés sont sentients». Cela signifie que ces derniers ont la capacité de ressentir du plaisir, de la douleur et des émotions.

«Ces animaux sont des sujets conscients; ils ont leur propre point de vue sur le monde qui les entoure», soutient le document.

Il est évidemment possible de s’abstenir de porter du cuir, d’assister à des corridas et des rodéos, ou de montrer aux enfants des lions enfermés dans des parcs zoologiques.

Les signataires de la Déclaration de Montréal sur l’exploitation animale

Transformer nos relations avec les animaux

Les 450 experts demandent l’abolition du spécisme – l’idéologie qui postule une hiérarchie entre les espèces, spécialement la supériorité de l’être humain sur les animaux – et incitent les êtres humains à repenser leur rapport avec les bêtes.

«Nous ne nous faisons pas d’illusions; un tel projet ne sera pas réalisé à court terme», admettent les experts.

Ce changement de paradigme demanderait aux citoyens du monde de «renoncer à des habitudes spécistes bien ancrées et de transformer en profondeur certaines de nos institutions», estiment les chercheurs.

Ils souhaitent l’abolition de l’ensemble des comportements qui portent préjudice, «sans nécessité», au bien-être des animaux.

En cohérence avec cette logique, les signataires réclament, entre autres, la fermeture des abattoirs, la fin de la pêche et le développement d’une agriculture végétale.  

«La plupart d’entre nous pouvons d’ores et déjà nous passer d’aliments d’origine animale tout en restant en bonne santé. D’un point de vue politique et institutionnel, il est possible de cesser de voir les animaux comme de simples ressources à notre disposition», affirment les universitaires.

Si cette posture de défense des animaux a déjà été adoptée par le passé par des groupes sensibles à la cause animale, les chercheurs considèrent qu’elle est pour la première fois «soutenue par des centaines de chercheurs ayant dédié leur carrière à la réflexion éthique».

La Déclaration de Montréal sur l’exploitation animale marque en ce sens une étape importante dans la reconnaissance des animaux. 

«La fin de l’exploitation animale nous apparaît comme l’unique horizon collectif à la fois réaliste et juste pour les non-humains», concluent les signataires de la déclaration.

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