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Campement Ville-Marie: une éviction reportée, mais des manifestants déterminés

Les manifestants ont arpenté les rues de Saint-Henri avant de se rendre aux abords du campement sous l'autoroute Ville-Marie.
Les manifestants ont arpenté les rues de Saint-Henri avant de se rendre aux abords du campement sous l'autoroute Ville-Marie. Photo: Quentin Dufranne / Métro Média

Une cinquantaine de manifestants ont arpenté les rues du Sud-Ouest en soutien aux personnes en situation d’itinérance du campement situé sous l’autoroute Ville-Marie. Bien que l’éviction du campement ait été reportée in extremis par le ministère des Transports, les manifestants étaient décidés à se faire entendre pour que les autorités cessent les démantèlements de campements et qu’elles mettent en place des solutions pérennes.

L’événement organisé par le Syndicat des locataires autonomes de Montréal (SLAM) a débuté devant la station de métro Lionel-Groulx. Les manifestants se sont par la suite rendus devant les locaux de la mairie d’arrondissement du Sud-Ouest. La directrice du Foyer pour femmes autochtones de Montréal, Nakuset, y a fait une allocution, dénonçant l’absence de ressources adéquates alors que les refuges sont tous pleins.

«Je ne voulais pas que les gens sous le pont soient dans cette situation où on leur enlève le peu qu’ils ont pour ensuite avoir à trouver une ressource dont nous savons tous qu’elle n’est pas disponible, dit-elle. La population en situation d’itinérance est celle qui a le plus souffert depuis la COVID-19, la population augmente et la solution est de les déplacer?»

Pour Nakuset, il est urgent qu’un plan d’action soit mis en place immédiatement. Elle souligne le besoin criant de refuges plus adaptés et inclusifs qui accueilleraient les couples et les animaux, et qui proposeraient des programmes de consommation d’alcool surveillée. Elle en a profité pour citer le nom de personnes décédées alors qu’elles vivaient dans la rue, afin qu’elles ne tombent pas dans l’oubli.

«Pourquoi déplaceriez-vous des gens, pourquoi pensez-vous que c’est une solution et pourquoi devons-nous finir par faire ce genre de marches pour faire prendre conscience que ce n’est pas une bonne pratique et que nous devons faire mieux? ajoute Nakuset. Il n’y a pas d’autres solutions que le report de l’expulsion. Où est le plan B?»

On a l’impression que vous attendez tous que nous mourions, comme ça vous n’avez pas à réparer quoi que ce soit, ce qui est inacceptable.

Nakuset, directrice du Foyer pour femmes autochtones de Montréal

«Merci»

La foule s’est par la suite dirigée à proximité du campement, mais à bonne distance, pour ne pas déranger ses habitants. La voyant arriver, les campeurs se sont empressés, de l’autre côté du grillage, de remercier les manifestants, qui étaient aussi venus leur apporter quelques denrées.

«Ces gens n’ont déjà pas de maison, donc, les pousser hors du peu qu’ils ont ne va pas améliorer la situation, ça va tuer certains d’entre eux. Nous voulons nous assurer qu’ils ne sont jamais déplacés comme ça, explique Cece, un des membres du SLAM. L’expulsion a été reportée, ce qui est formidable, mais le mot clé est “reporté”. Nous voulons que toutes les expulsions de campements cessent.»

Les manifestants sont venus témoigner leur soutien aux habitants du campement situé sous le pont; Photo: Quentin Dufranne / Métro Média

Un couple de voisins surpris par la manifestation est sorti pour se mélanger aux manifestants. Mary Rivard-David vit ici depuis 26 ans et, selon elle, les occupants du campement ne la dérangent pas, d’autant plus depuis l’installation d’un grillage autour du campement. Outre quelques cris nocturnes, elle soutient que la majorité des voisins ne sont pas dérangés par le campement et ses habitants.

«J’habite ici avec ces gens-là depuis des années et ils peuvent bien rester là, explique Mary Rivard-David. En général, ils ne nous dérangent pas tant qu’il y a le grillage et ils ne dérangent pas la plupart des gens qui vivent ici. Je n’ai jamais entendu dire qu’il fallait les évincer.»

Des refuges à bout de souffle

Pour Nakuset, la situation des refuges est alarmante. Nombre d’entre eux, dont celui qu’elle dirige, affichent quotidiennement complet et ne peuvent plus accueillir d’autres personnes dans le besoin. Face à ce constat, elle aimerait que les autres directeurs de refuge se mobilisent, car ils seront les premiers à récolter les conséquences des évictions de campements.

«Je suis vraiment déçue que les directeurs des refuges ne soient pas là, parce que l’idée de retirer ou de déplacer un campement signifie que les refuges seront ensuite responsables d’accueillir ces personnes, mais il n’y a pas de place, dit-elle. Ce sont eux qui vont devoir faire face au débordement. S’ils retirent tout le monde du campement, ils viendront ensuite à notre porte pour demander de l’aide.»

Nakuset déplore le manque total d’action depuis la publication du rapport de l’Ombudsman de Montréal au sujet de l’itinérance il y a huit mois. Selon elle, la décision du ministère des Transports de reporter l’éviction n’est qu’une façon d’être «politiquement correct».

Les manifestants se sont ensuite dirigés aux abords de la station de métro Atwater, où ils ont bloqué la circulation à l’intersection de la rue Saint-Catherine et du boulevard Atwater pendant une dizaine de minutes.

Plus tôt dans la semaine, le ministère des Transports du Québec avait ordonné l’éviction ce jeudi du campement situé sous l’autoroute Ville-Marie, avant d’annoncer la veille qu’elle était finalement reportée le temps que les campeurs s’organisent et puissent être pris en charge.

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