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Effondrement d'un stationnement: «C'était prévisible»

Marie-Luce Pelletier-Legros, Métro

Au lendemain de l’effondrement d’un stationnement de l’immeuble de la rue Deguire, l’avocat et directeur général du Regroupement des gestionnaires et copropriétaires du Québec, Me Yves Joli-CÅ“ur, clame que cet événement malheureux était néanmoins prévisible. Auteur de deux livres sur l’immobilier, il réclame depuis quelque temps l’instauration de mesures d’inspection plus systématiques pour les immeubles résidentiels de la province.

Selon vous, l’effondrement du stationnement de la rue Deguire était prévisible?
Le parc immobilier du Québec comprend 1,6 million unités de logements, dont 350 000 condos, et ce parc-là a, en partie, plus de 30 ans. Depuis plus de 30 ans, on n’a absolument rien fait pour la sauvegarde des infrastructures. ll y a beaucoup de garages d’immeuble à Montréal dont l’ossature est corrodée et on laisse la situation se détériorer. Qui est le chien de garde de ça? L’État, surtout au point de vue municipal, ne se sent pas plus concerné par cette problématique. On laisse au propriétaire juger si la sécurité des occupants est en cause ou pas.  

Que faudrait-il faire pour prévenir ce genre de tragédie?
On devrait se baser sur le modèle ontarien qui exige que des carnets d’entretien d’immeubles soient signés par des professionnels, comme des ingénieurs ou des architectes par exemple, qui attestent de l’état de conformité ou de non conformité du bâtiment. Si nous avions eu une législation de cette nature-là, il y aurait sûrement eu un ingénieur en structures qui aurait décrété l’évacuation du garage et des mesures auraient été prises.

La classe politique aurait-elle attendu trop longtemps avant d’agir?
Et voilà. C’est malheureusement ce qui nous amène au Québec à faire des commissions Johnson parce que des gens se font écrasés par des dalles de béton. Je pense qu’on devrait faire un genre de commission Johnson sur l’immobilier résidentiel au Québec, parce qu’un toit c’est un élément de base pour tout citoyen. Moi, je dis une chose, c’est que c’était prévisible que ça nous arrive. Je ne m’en réjouis pas, mais je l’avais écrit. Je trouve ça extrêmement choquant la réaction du maire de la Ville de Montréal, cette insensibilité à la suite de ce malheur… Cela n’a aucun sens! Sur quelle planète vit-il? En tant que citoyen québécois et surtout comme Montréalais, nous devons tous nous sentir concernés par cette perte de vie humaine. Est-ce que l’on va laisser nos infrastructures immobilières se détériorer comme c’est le cas présentement?

Il n’y a donc pas vraiment de système d’inspection obligatoire au Québec?
Non, ni lors de la construction ni lors de la vie de l’immeuble. Seules les constructions résidentielles de moins de trois étages sont assujetties au Plan de garantie de maisons neuves, et sont soumises à des inspections plus sévères. Mais ils ne le font pas avec les tours d’habitation, tout simplement parce que le risque actuariel est trop élevé. On ne connaît pas la qualité des bâtiments en hauteur au Québec, parce qu’il n’y a pas de surveillance obligatoire par des professionnels indépendants sur les chantiers lors de leur construction, ni une fois qu’ils sont en fonction.

Qui les locataires et la famille de la victime pourront-ils poursuivre?
Évidemment, un recours en justice n’est pas exclu et peut-être même un recours collectif des locataires et des occupants de l’immeuble. Le propriétaire peut être poursuivi pour dommages et intérêts, entre autres. Les locataires ont subi un important préjudice. C’est aussi un cas de responsabilité civile.

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