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Noël entre quatre murs

Alors que beaucoup se préparent à retrouver leurs proches pour les fêtes, Nathalie Morin et Abdelkader Belaouni resteront coincés entre quatre murs. Nathalie Morin en Arabie saoudite, aux mains d’un mari violent. Abdel­kader Belaouni dans une église de l’ouest de Montréal, pour éviter la déportation. Destins croisés de deux citoyens en attente d’un geste politique qui se fait attendre.

«Noël, c’est la tristesse. Tout le monde sera parti voir sa famille, ça va être long», appréhende Abdelkader, qui «fêtera» bientôt ses trois ans à vivre reclus dans le presbytère d’une église de Pointe-Saint-Charles depuis que l’Immigration lui refuse le droit d’asile.

Pourtant, des dizaines d’associations, de citoyens et de politiciens le soutiennent, et l’année 2008 n’a pas été que pénible pour lui. En collaboration avec le rappeur 23, il a conçu et lancé un album de musique. «Mon émission hebdomadaire sur CKUT a aussi été reprise en Suisse. Tout ça, c’est grâce aux gens qui m’aident. Tu ne peux pas imaginer comment ça me touche», confie l’homme de 40 ans.

Pour Nathalie Mo­rin, qui vit séquestrée par son conjoint, il y a aussi eu quel­ques mo­ments de joie cette année. «Sarah, sa troisième enfant, est née le 18 novembre et elle se porte bien», raconte au bout du fil sa mère, Johanne Dur­ocher. Depuis que Nathalie s’est installée en 2005 en Arabie saoudite, les choses n’ont fait qu’empirer pour elle.

«Abdhula, son deuxième enfant, a deux ans et demi et n’a jamais été dehors. Ils ne mangent souvent que du pain, des dattes et de l’eau», déplore Mme Durocher.

Pour sortir d’Arabie saou-dite, une femme doit avoir l’autorisation de son mari. Le père est prêt à laisser partir Nathalie Morin et ses enfants, mais exige pour lui un passeport saoudien afin de pouvoir revoir ses enfants par la suite. Son gouvernement n’est prêt à lui donner que des autorisations de sortie au compte-gouttes. La situation est actuellement bloquée, et Nathalie est enfermée chez elle sans la clé.

«Comme l’ont fait les Américains, il faut qu’au plus haut niveau, un politicien fasse pression», dénonce Mme Durocher, qui lance un appel à Stephen Harper et à son nouveau ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon. Les deux prédécesseurs de ce dernier ne sont jamais intervenus directement, mais cette fois-ci, elle veut y croire.

Abdelkader Bela­ouni aussi veut croire que le nouveau ministre qui a hérité de son dossier fera preuve de plus de compassion. «Jason Kenney (nouveau ministre conservateur de l’Immi­gration), on a entendu beaucoup de bien de lui, confie-t-il. Cette année, au Canada, trois cas d’immigrants réfugiés dans des églises se sont résolus, maintenant j’attends mon tour. »

Le soir de Noël, Abdel­kader sera probablement en train de composer une chanson de son deuxième album grâce au logiciel de musique pour aveugles maintenant à sa disposition.

Quant à elle, Nathalie, qui n’aura vraisemblablement pas le droit de fêter Noël,  regardera, comme l’an dernier,  les autres pays fêter sur TV5. Joyeux Noël quand même…

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