Une voix s'élève contre la répression des itinérants
Montréal doit cesser la répression judiciaire à l’endroit des personnes itinérantes, selon la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ).
Dans un avis rendu public aujourd’hui, la Commission réclame l’annulation du règlement municipal qui interdit la présence des chiens dans le parc Émilie-Gamelin et le square Viger. Elle veut également que la métropole rouvre les 15 parcs qui étaient jadis ouverts pendant la nuit dans l’arrondissement de Ville-Marie. Ces règlements municipaux vont à l’encontre de la Charte des droits et libertés de la personne, selon la CDPDJ.
«On veut lutter contre l’itinérance et non pas faire la lutte aux personnes itinérantes», a déclaré le président de la Commission, Gaétan Cousineau.
Le profilage social
La Commission dénonce le profilage social auquel se livre les policiers de Montréal. En raison de leur manque d’hygiène et de leur apparence négligée, les itinérants reçoivent des contraventions pour s’être couchés sur un banc public, sinon pour avoir flâné, craché ou traversé la rue à un endroit autre qu’à une intersection. Ils ont reçu 31,6% des contraventions municipales en 2004 alors qu’ils représentent moins de 1% de la population.
«La surjudiciarisation des personnes itinérantes repose bien plus sur un biais policier destiné à libérer l’espace public plutôt qu’à une application neutre et impartiale de la loi sans égard à leurs conditions sociales», a indiqué le président de la Commission.
Donner d’un côté, prendre de l’autre
Les sans-abri étant incapables de régler les contraventions, des mandats d’arrestation sont émis contre eux. Sans domicile fixe, ils sont introuvables pour les policiers. C’est souvent au moment où ils entament un processus de réinsertion sociale qu’ils se font arrêter. Ils perdent alors emploi et logement.
«C’est contre-productif, fait savoir le chercheur Paul Eid. D’un côté, l’État a mis en place plusieurs initiatives louables pour les sortir de la rue. De l’autre côté, le profilage social et l’application des règlements font que les efforts socio-politiques sont annulés par le bras judiciaire.»
Plutôt que de sanctionner les personnes itinérantes, la CDPDJ propose de leur accorder davantage de soutien pour qu’elles sortent de la rue. La construction de logements sociaux pourrait aussi s’avérer un bon moyen pour les aider selon la Commission. Elle suggère également qu’une politique sur l’itinérance soit adoptée par Québec.