Benoit Dorais, maire du Sud-Ouest Développer dans le respect
Le 1er novembre, les électeurs de quatre arrondissements ont fait le pari du changement. Autrefois détenus par le parti du maire, Union Montréal, les arrondissements d’Ahuntsic-Cartierville et du Plateau-Mont-Royal sont passés aux mains de Projet Montréal, tandis que ceux de Rosemont-La Petite-Patrie et du Sud-Ouest ont basculé vers Vision Montréal. Métro vous présente aujourd’hui le dernier de cinq articles traitant du vent de changement que souhaitent y insuffler les quatre nouveaux maires.
Métro rencontre le maire du Sud-Ouest et membre de Vision Montréal, Benoit Dorais.
À votre arrivée à la tête du Sud-Ouest, dans quel état se trouvait l’arrondissement?
Dans l’arrondissement, les comptes balancent. On a cependant constaté que des partenariats, avec des organismes communautaires et des partenaires institutionnels, ont été renouvelés d’année en année. La population, le coin et les enjeux ont cependant changé entretemps.
On veut voir si on peut changer certains partenariats, si on doit en accroître d’autres, s’il y en a qui pourraient être financés autrement que par la Ville. C’est bien de multiplier les partenariats, mais il faut aussi que ça ait un impact. C’est bien de donner de l’argent à des gens, à des causes, mais on doit se demander si on ne se substitue pas à une autre instance. Le gouvernement du Québec doit subventionner; la Ville a une autre mission. Il ne faut pas s’égarer. Bref, il y a du ménage à faire.
Quels sont vos objectifs pour les quatre prochaines années?
Je me suis présenté à la mairie parce que je voulais revoir comment on faisait de la politique de proximité. L’administration précédente [menée par la mairesse Jacqueline Montpetit] avait des défis, qu’elle a réalisés avec les valeurs qui étaient les siennes. Nous, on arrive avec nos valeurs de transparence, d’ouverture et d’équité. C’est comme ça qu’on entend fonctionner au cours des prochaines années.
Je voulais aussi voir comment on pouvait s’assurer que le développement du Sud-Ouest, qui est l’arrondissement qui a le plus important potentiel de développement à Montréal, se fasse de façon ouverte, transparente et solidaire. On doit développer ce qui est à développer en toute équité, sans oublier une partie de la population qui est là depuis très longtemps. Il ne faut pas envoyer ces gens à l’extérieur de l’arrondissement parce qu’on fait du développement et qu’on veut attirer de nouvelles populations.
Quels projets toucheront sous peu votre arrondissement?
Un projet majeur pour le Sud-Ouest, c’est le réaménagement du Complexe Turcot. On entend souvent parler de «Montréal», des «autres arrondissements» qui veulent avoir voix au chapitre, mais l’échangeur, il passe au-dessus de nos têtes et se promène partout dans notre arrondissement.
Le Sud-Ouest s’est développé autour de l’industrialisation, autour des routes, des voies ferrées et du canal Lachine. Mais ce n’est plus notre réalité. On essaie de faire éclater ce modèle-là, on veut décloisonner le secteur, et au même moment, le gouvernement du Québec nous dit qu’il va mettre de grosses clôtures, parce que des remblais, dans une ville, ce sont des clôtures. C’est très ardu de faire changer les plans du MTQ, mais on y travaille.
Un autre projet important, c’est le réaménagement de l’autoroute Bonaventure. La frontière entre Ville-Marie et le Sud-Ouest se trouve au milieu de l’autoroute. Dans les plans, on prévoit y construire des bâtiments. On veut voir comment ce sera développé et comment Griffintown peut être inclus.
Des efforts ont été faits dans Ville-Marie pour rendre l’arrondissement plus cool, entre autres avec la Cité du Multimédia. Mais dans le projet bonaventure, on croit comprendre que ça va être cute du côté de Ville-Marie et que, pour le Sud-Ouest, ça va s’arrêter à la voie ferrée avec un corridor d’autobus. C’est inacceptable. Enfin, la première phase du projet Griffintown, qui a été revu, sera lancée sous peu, et pas nécessairement comme les élus du Sud-Ouest le voudraient.
Vous semblez peu satisfait de l’implication de l’arrondissement dans les décisions qui concernent son développement. Comment comptez-vous changer la donne?
Il faut s’assurer que le développement du Sud-Ouest soit prévu par les élus du Sud-Ouest. Le Sud-Ouest a changé. Il y a de plus en plus de gens bien nantis. Il y a un potentiel de développement culturel énorme. Mais il y a aussi des populations à protéger. Il faut qu’il y ait une mixité sociale pour éviter que des populations différentes se côtoient, mais ne se mélangent pas. Ça se fait grâce aux parcs, aux endroits publics, aux services de proximité.
Quand on dit que, dans Griffintown, on va faire du logement social près de l’autoroute et des condos pour les mieux nantis près des parcs, c’est évident que ça ne répond pas à nos désirs de mixité. C’est deux poids, deux mesures, et ce n’est pas ce qu’on veut faire.
Avez-vous abandonné certains projets prévus par l’administration précédente?
Le dossier de la démolition de l’ancien édifice Seracon [situé sur le bord du canal Lachine, près du marché Atwater] était un dossier à corriger. Il n’y avait aucune raison pour que la démolition de l’ancien bâtiment n’aille pas de l’avant, d’autant plus que le propriétaire a une subvention pour décontaminer le sol, mais il n’y avait pas de consensus sur ce qu’on voulait faire avec le terrain.
L’ancienne administration proposait de construire deux bâtiments de six étages de condos. On a finalement décidé de mener une consultation publique pour voir ce que la population veut faire des abords du canal Lachine. Autrement, ce n’étaient pas tant les projets de l’ancienne administration qui nous causaient problème que la façon dont ils étaient abordés. Plutôt que de voir le développement à la pièce, on veut une vision d’ensemble.