Turcot: Québec rejette le plan de Montréal
Quelques heures après que Montréal eut dévoilé son plan pour le réaménagement du Complexe Turcot, la ministre des Transports, Julie Boulet, l’a rejeté, estimant que la province n’avait pas le luxe de se payer un tel projet.
Selon les chiffres obtenus par La Presse, le projet d’échangeur circulaire de la Ville de Montréal coûterait quelque 6 G$ à Québec. Le projet du ministère des Transports (MTQ) présenté en 2007 se chiffrait à environ 2 G$.
Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) a cependant renvoyé le ministère à sa planche à dessin. Le projet bonifié du MTQ n’a pas encore été présenté, mais la ministre Boulet a laissé entendre aujourd’hui que ses coûts pourraient s’élever à 2,5 G$.
«Quand on peut faire un échangeur à 2 G$, est-ce qu’on a le luxe ou les moyens de s’en payer un de 6 G$, a-t-elle déclaré. Nous, on est là pour bien gérer l’argent de la population.»
Le PQ dénonce, l’ADQ en attente
Le porte-parole du Parti québécois en matière de Transports, Stéphane Bergeron, a dénoncé la sortie de la ministre.
«Considérant le fait que le projet de Montréal a reçu un vaste assentiment, je pense que le ministère doit s’y attarder. Il ne doit pas essayer de le discréditer en faisant circuler des chiffres non ventilés, a-t-il indiqué. En ce moment, le ministère donne l’impression qu’il ne veut rien savoir.»
L’Action démocratique du Québec s’est montrée moins cinglante.
«Il faut attendre de voir combien le projet de Montréal coûtera et quelle serait sa durée de vie, a indiqué Janvier Grondin, responsable des questions de transports à l’ADQ. En ce moment, le Québec n’a pas les moyens de se payer une structure à 6 G$.»
Le maire demande une analyse
Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a laissé entrevoir sa frustration face à la sortie précipitée de Julie Boulet.
«Je sais qu’il y a une question de coûts et de délais, mais est-ce qu’on peut attendre d’avoir tous les chiffres et les analyser à tête reposée», a-t-il lancé en entrevue à Radio-Canada.
M. Tremblay a rejeté, du même souffle, l’évaluation du ministère des Transports, qui estime que le projet de Montréal pourrait prendre cinq ans de plus à se réaliser que le projet original. M. Tremblay a plutôt évalué à 18 mois les délais supplémentaires.
Le porte-parole du maire de Montréal, Darren Becker, a confirmé qu’une conversation entre la ministre et Gérald Tremblay a eu lieu aujourd’hui. M. Tremblay aurait demandé à voir les chiffres compilés par le ministère des Transports.
Stéphane Bergeron a par ailleurs jugé que le ministère ne pouvait pas utiliser l’urgence de la situation comme argument pour rejeter le projet montréalais.
«Ça fait deux ans que le ministère taponne (sic) et fait la sourde oreille à toutes les demandes, a-t-il rappelé. Le ministère ne peut pas jouer à la victime. Il est responsable de la conjoncture actuelle.»