Un premier site d'injection supervisé à Montréal en juin 2011
Las d’attendre l’appui du gouvernement du Québec, Cactus Montréal a décidé d’ouvrir dès le mois de juin un premier site d’injection supervisé (SIS) dans la métropole. «Il y a une urgence d’agir, a déclaré lundi le président du conseil d’administration de l’organisme, Louis Letellier de St Just. Il y a des gens qui frappent à nos portes [et] ces gens sont obligés d’aller s’injecter dans des conditions tout à fait inacceptables. Les risques sont énormes.»
Cactus Montréal, dont l’une des missions consiste à freiner la propagation du VIH et des hépatites, a mis sur pied un comité de travail pour décider de la forme que prendra ce premier SIS. Il regroupe, entre autres, des représentants d’organismes communautaires, mais aussi une infirmière du CSSS Jeanne-Mance, le Dr Pierre Côté et le juriste Ralf Jürgens. Ils envisagent déjà de réaliser le projet à petite échelle s’il reçoit peu d’appuis financiers.
Québec, qui pourrait octroyer une aide financière, attend la décision de la Cour suprême concernant le SIS Insite de Vancouver avant de donner le feu vert à un premier SIS montréalais. «On a entamé une réflexion concernant les SIS. Le gouvernement est très sensible à cette problématique», a dit l’attachée de presse du ministre de la Santé Yves Bolduc, Karine Rivard.
Jusqu’en 2008, Insite bénéficiait d’une exemption qui faisant en sorte que l’organisme n’était pas soumis à la Loi réglementant certaines drogues et autres substances. Puisque Ottawa a décidé de ne pas maintenir l’exemption, Insite a entrepris des démarches judiciaires. La Cour suprême de la Colombie-Britannique et la Cour d’appel lui ont donné raison. Reste maintenant à la Cour suprême du Canada de se prononcer. Sa décision devrait être connue en 2011 sinon au début de l’année 2012.
«Nous n’avons pas à attendre la décision de la Cour suprême. Tous les avis juridiques et la jurisprudence existante nous permettent d’aller de l’avant», a dit M. Letellier de St Just. Il fait, entre autres, référence à un avis publié en 2009 par l’Institut national de la santé publique du Québec. Celui-ci indique qu’il «est raisonnable de considérer une telle offre de services pour rejoindre les usagers de drogues injectables aux prises avec de multiples problèmes de santé». Selon l’avis, un SIS permettrait «à court terme, de sauver des vies et à long terme, de réinsérer les usagers de drogues injectables dans un mode de vie plus sain».
Québec veut également tâter le pouls de la population avant d’appuyer un projet de SIS. Mais cela ne serait pas nécessaire, selon le directeur général de l’organisme de la Vieille-Capitale Point de Repères, Mario Gagnon. Il a constaté, au cours de ses interventions, très peu de résistance de la communauté à un projet de SIS à Québec et même un certain engouement. À chaque année, le gouvernement investit environ 80 M$ dans des programmes de soutien aux personnes toxicomanes.