La fondatrice de la SAT veut résoudre nos problèmes en réseau
Le Québec s’est bâti grâce à ses divers réseaux – fluvial, hydroélectrique, téléphonique, etc. Pour Monique Savoie, présidente-fondatrice et directrice artistique de la Société des arts technologiques (SAT), il est donc logique que l’avenir économique et social de la province passe par les réseaux numériques, afin que tout le monde se «contamine positivement».
Parlons du volet recherche de la SAT. Comment les arts numériques peuvent-ils, par exemple, aider les enfants malades?
Nous vivons à l’ère du numérique. Dans notre volet recherche, nous nous demandons comment nous pouvons nous approprier les technologies pour transformer la société. Avec l’hôpital Sainte-Justine, nos projets peuvent aussi bien servir à améliorer les techniques des intervenants qu’à rendre plus agréable le séjour de l’enfant. Nous suivons une quarantaine de pistes. Les hôpitaux sont en train de se renouveler, et l’aspect «humanisation» est très important. Nous ne cherchons pas seulement à animer les enfants, mais aussi à les aider à récupérer plus vite. Par exemple, dans un projet de chambre immersive, la projection d’icebergs sur les murs pourrait apaiser un grand brûlé.
Est-ce que la cohabitation entre les artistes et les professionnels est facile?
Elle est facile aujourd’hui. Il n’y a plus de travail en silos comme avant. Nous travaillons de manière beaucoup plus transversale. C’est ce que j’appelle la contamination positive. Quand nous nous attaquons à un problème, personne ne se demande ce que fait l’autre. Tout l’effort est consacré à la résolution du problème. Avec Sainte-Justine, par exemple, il n’y a aucune compétition possible entre nos deux secteurs, alors la cohabitation se fait facilement.
Prend-on au sérieux, ici, la portée sociale et économique des arts numériques?
Notre discours commence à porter. Nous avons toujours beaucoup misé sur les sciences humaines et les sciences pures. Aujourd’hui, on se rend compte qu’on ne peut plus séparer les différentes sphères. On reconnaît que la réflexion sur les enjeux sociaux est aussi importante que pourrait l’être la recherche pour trouver un médicament.
Vous avez déjà dit que la ville était de plus en plus un lieu de vie et non d’affaires. Est-ce que les dirigeants se trompent de cibles?
Les décideurs ne proposent peut-être pas toujours des mesures très avant-gardistes, mais les citoyens ont un rôle à jouer. Avec les données ouvertes, ils sont en train de sensibiliser les gouvernements au fait qu’ils peuvent faire partie de la solution. On a beaucoup parlé dernièrement de villes intelligentes. Moi, je préfère les citoyens intelligents ou les collectivités intelligentes. Les villes se transforment. Je ne veux pas dire qu’elles ne sont pas des lieux d’affaires, mais je pense qu’une nouvelle génération commence à poindre, une génération qui souhaite humaniser la ville, qui croit que la ville n’est pas uniquement un lieu d’affaires.
Et cette humanisation passe, ironiquement, par le numérique?
L’élément multiplicateur de notre époque, c’est le réseau. C’est par le réseau qu’on s’informe, qu’on se tient à jour. Je souhaite qu’on réseaute de plus en plus pour jumeler des publics, pour converser, pour que des communautés puissent s’entraider. Les réseaux sont dans l’ADN des Québécois. Le Québec s’est développé grâce à ses réseaux fluviaux, ses chemins de fer, ses réseaux hydroélectriques et téléphoniques, le réseau des caisses populaires. Ajourd’hui, ce sont les réseaux haute vitesse qui vont nous permettre de nous développer et de créer une nouvelle économie qui sera à notre image. On pourrait même en finir avec le terme de régions! À partir du moment où quelqu’un initie une action, il devient le cœur, peu importe où il est. C’est un grand chantier pour le Québec.
Comment se portent les arts numériques à Montréal?
Ça va bien, mais il y a une petite mise en garde. Nous sommes le dernier secteur des arts à être arrivé. Nous devons donc encore aller chercher de la reconnaissance, en matière de financement par exemple. Je vois de plus en plus de jeunes de la scène numérique partir s’installer à Berlin.
Parce qu’ils ne peuvent pas survivre ici?
Exactement. Nous sommes encore à réfléchir, avec les conseils des arts, afin de trouver comment intégrer les arts numériques dans la grande famille artistique.
De quoi Montréal a-t-il besoin?
Montréal a un ensemble de segments forts, mais c’est comme si le plombier s’était sauvé avec les plans et les coudes. Montréal a besoin d’un travail de plomberie pour relier ces segments forts. Le projet avec Sainte-Justine est un exemple : nous mettons bout à bout des domaines qui ont beaucoup à s’offrir.
Des idées plein la tête
Monique Savoie et son équipe ont plusieurs idées pour faire de la SAT un lieu de vie en mouvement. En plus des nombreux projets de recherche et de création, voici trois chantiers de la SAT.
- Audiences publiques dans le dôme. La Satosphère accueillera dès l’an prochain des audiences publiques pour présenter des maquettes de projets d’ingénierie et
d’architecture. - Serre sur le toit. «On a commencé l’an dernier une discussion avec Lufa pour se munir d’une serre au dernier étage. Ça demeure à l’étape du rêve, mais c’est notre désir», dit Monique Savoie.
- Terrasse hivernale? La terrasse de la SAT n’est pas ouverte l’hiver, mais Monique Savoie rêve d’un projet-pilote hivernal où le mobilier serait adapté à la saison froide. Elle lance même une invitation aux designers d’ici!