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L’enfance volée des fillettes mariées

Photo: Stephanie Sinclair/VII

L’exposition Trop jeunes pour le mariage met des visages sur le cauchemar qu’est le mariage pour des millions d’enfants. Cette atteinte aux droits de l’enfance privera d’avenir plus de 142 millions de fillettes dans le monde d’ici 2020, selon les Nations unies.

Les clichés de la photographe américaine Stephanie Sinclair, présentés dans le cadre de l’exposition Trop jeunes pour le mariage organisée par Amnistie internationale, sont troublants, à l’image de la sauvagerie du sujet. Ici, une Afghane est poignardée parce qu’elle désobéit; là, une fillette de cinq ans est réveillée pour qu’elle enfile sa robe de mariée. Voici la petite Yéménite Nojoud, qui a fui son mari à neuf ans pour se réfugier dans un tribunal où elle a demandé… le divorce.

Avec cette exposition, Amnistie internationale a inauguré la campagne J’aime mon corps. J’aime mes droits, qui vise à promouvoir le respect de l’enfance et des droits sexuels. Une prise de conscience nécessaire, selon Anne Ste-Claire, d’Amnistie internationale, car «le mariage des enfants est une réalité qui touche aussi le Québec. Nous le savons, bien qu’aucune donnée ne nous permette de chiffrer son étendue».

Enfant et épouse: l’histoire de Samia
Mariée à 15 ans à un inconnu qui avait plus de deux fois son âge, Samia Shariff a connu l’enfer d’être à la fois enfant et épouse. Elle a fui son cauchemar et vit depuis 12 ans au Canada. Métro lui a demandé de raconter ce que lui évoquaient les photos présentées à l’exposition Trop jeunes pour le mariage, présentée par Amnistie internationale au Gesù. Voici le récit de son enfance volée, un cauchemar que vivent actuellement 10 millions d’enfants dans le monde.

1. Le mariage. «Je l’ai tout de suite haï»
«Ma famille m’a retirée de l’école à 14 ans, en croyant que ça ne servait à rien pour les filles. ‘‘Pour aller au paradis, me disait-on, il suffit d’obéir à ta mère, à ton mari et à Dieu.’’ J’ai donc eu un an pour devenir une femme, c’est-à-dire pour apprendre à cuisiner et à entretenir une maison.» «Je ne connaissais pas du tout mon mari le jour où je me suis mariée avec lui. C’était la fête pour tout le monde, sauf pour moi. J’avais l’impression qu’on m’amenait dans ma tombe parce que ce n’était pas un mari pour moi : c’était un monstre qu’on m’imposait. On m’a poussée dans la main d’un homme qui a fait de moi ce qu’il a voulu. Dès le premier soir, dès la nuit de noces, j’ai voulu qu’il meure. Je l’ai tout de suite haï.»

2. La peur. «Mon mari avait cet air-là»
«J’avais tellement peur de lui. Je lui devais une obéissance complète, sinon il pouvait me répudier et j’aurais jeté la honte sur ma famille. J’ai été marié 15 ans à mon ancien mari. J’ai subi ses viols et sa violence en silence jusqu’au jour où j’ai fui. J’aurais tout fait pour éviter à mes filles de subir ce que j’ai subi.»

3. L’hypocrisie. «Il faut faire semblant»
«J’avais souvent l’air de cette jeune fille. On me demandait : mais pourquoi tu n’es pas heureuse? Tu es mariée, tu devrais sourire! C’est comme ça. Personne ne pose de questions, il n’y a pas de pourquoi. Tout est normal si la femme obéit. Ce qui est anormal, c’est de tenir tête à son bourreau.»

4. La violence. «Ma famille m’a séquestrée pendant un mois et demi»
«Mon mari me battait chaque jour; tous les prétextes étaient bons pour me frapper. Et pour les autres, c’était toujours de ma faute, personne d’autre que moi n’était responsable de mon malheur. Si mon mari me battait, c’est que je n’étais pas assez obéissante.» «Après ma fuite, j’ai connu un soldat pour qui j’avais des sentiments. Mais quelqu’un qui nous a vus ensemble a alerté ma famille. Celle-ci m’a séquestrée pendant un mois et demi. J’étais battue tous les soirs parce que j’avais jeté le déshonneur sur notre nom. Puis, un jour, j’ai frappé ma mère et je me suis enfuie. Je n’ai jamais revue ma mère vivante. Mon père m’a reniée, et je l’ai uniquement revue aux funérailles de ma mère. Aujourd’hui, il a vieilli, mais je ne sais pas s’il a compris les choix que j’ai faits.»

Au Gesù
Trop jeunes pour le mariage
Jusqu’au 29 septembre
Entrée libre

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