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L'année d'action de Luc Ferrandez

Le maire de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, Luc Ferrandez, a fait l’objet de nombreuses critiques et railleries en 2011. La décision de couper dans les services de déneigement, d’implanter des mesures d’apaisement de la circulation et d’interdire les panneaux publicitaires dans l’arrondissement auront constitué autant d’intenses de batailles à mener pour le jeune politicien. Il se dit pourtant prêt à pour une autre «année d’action», en 2012.


Quel bilan dressez-vous de votre année 2011, la deuxième de votre mandat?

Ç’a été une année d’action. Pour moi, il n’y a qu’une raison d’être en politique, et c’est l’action. Il faut que ce soit pareil, ou plus intense, à chaque année.


Vos décisions font l’objet de beaucoup d’attention médiatique. Cela vous plaît-il?

Je déteste l’attention. Si je quitte la politique, ça va être à cause de ça.


Envisagez-vous de quitter la politique?

Ce que j’envisage, c’est de ne plus parler aux journalistes pendant le reste de mon mandat et de me concentrer sur l’action. J’aimerais vraiment faire ça, mais c’est difficile parce que, quand on fait des changements, il faut que la population soit au courant, il faut en parler. C’est la partie de mon métier que je déteste. Le trois quarts du temps, je refuse de donner des entrevues parce que ça prend du temps qui devrait être consacré à l’action.


Les mesures d’apaisement de la circulation que vous avez mises en place ont beaucoup fait jaser et ont suscité une certaine grogne. Regrettez-vous d’avoir eu à mettre autant d’énergie pour défendre ce projet?

Oui. Il faut dire que ces changements sont arrivés en même temps que des travaux routiers. Tout le monde me demandait pourquoi je n’avais pas attendu? J’aurais dû attendre, c’est vrai. Mais en même temps, des travaux, il va y en avoir l’année prochaine et l’année d’après. Il aurait donc fallu reporter le projet à tout jamais et je n’étais pas prêt à faire ça.

Il faut aussi se rappeler qu’on a commencé par Laurier et Christophe-Colomb, deux rues majeures. Si on avait commencé par des rues mineures, on aurait eu moins de misère. Mais si on avait fait ça, dans l’autre sens, on ne l’aurait jamais fait jusqu’au bout.


Aujourd’hui, il semble que les gens ont appris à composer avec la nouvelle réalité…

Ils font plus que composer avec. Nos mesures ont permis de réduire énormément la congestion. Avant, sur Laurier, c’était un stationnement de 16h à 18h. Aujourd’hui, il y a une heure de pointe, mais sans plus. Ça s’est aussi beaucoup calmé sur le plan des opposants, qui sont devenus des alliés dans la recherche de solutions. Les gens qu’on a vu à répétition à la télévision me hurler dans les oreilles au moment de la mise en place des mesures d’apaisement sont aujourd’hui assis avec moi dans des réunions pour qu’on trouve des solutions à leurs bouts de rue.


Comment ces rapprochements se sont-ils faits?

C’est à force de parler aux opposants. Moi, quand je vois quelqu’un qui fait preuve d’énergie pour défendre la ville, même s’il n’est pas d’accord avec moi, je l’appelle. Je lui dis: «Tu as l’air d’avoir pas mal d’énergie. Tu es contre moi, mais peut-être que sur d’autres points, on pourrait être du même côté.»


Vous affirmez, dans une vidéo postée sur votre blogue, que chaque règlement que vous avez adopté a entraîné une bataille. Est-ce que cela est difficile à gérer?

C’est très dur, mais ce n’est pas plus dur que d’être directeur d’école ou directeur d’hôpital. La chose publique est devenue difficile. Je ne peux pas mentir: ça hypothèque son homme. Il faut être fait solide et être capable de faire face à la musique parce qu’en tant que maire, tu es constamment en contact avec la population. J’habite dans le cœur du Plateau et je me déplace en vélo et je fais du jogging. Chaque jour, il y a des gens qui m’arrêtent. Les résidants du Plateau ont toujours été des gens extrêmement exigeants et ils sont habitués de revendiquer. Ils le font directement et dans ta face. C’est correct, ça fait partie du charme.


Vous dites que la politique hypothèque son homme. Est-ce que ça pourrait vous inciter à ne pas vous présenter aux élections de 2013?

Jamais dans 100 ans. Si jamais je ne me représente pas, c’est parce que j’aurai l’impression que les gens ne veulent pas changer autant ou aussi vite que je veux que les choses changent. Il faudrait que je sente que je ne suis pas en synchronisation avec leurs désirs. Si les gens me trouvaient trop radical et que moi je les trouvais trop frileux, c’est ça qui pourrait faire en sorte que je ne me représente pas. Ça serait à cause de la déception de voir qu’on ne peut pas faire de ce quartier-là la perle qu’il peut devenir. Ça ne serait jamais à cause de l’opposition, parce que ça, on passe au travers.


Sentez-vous que les gens sont en synchronisation avec vous?

50-50. C’est toujours 50-50. Il y a des gens qui traversent la rue pour me dire de ne pas lâcher alors que d’autres me disent: «Mais qu’est-ce que tu attends pour t’en aller? Tu es une nuisance.»


Vous avez dû prendre certaines décisions difficiles, notamment au niveau du déneigement, pour rééquilibrer le budget de l’arrondissement. Regrettez-vous d’avoir coupé dans le déneigement?

Oui. Pas simplement en raison de la grogne que ç’a créée, mais à cause de la réalité des choses. En ce qui concerne les trottoirs, ç’a été super. On a vraiment fait une bonne job pour sécuriser les trottoirs. Mais il y avait souvent un petit banc de neige entre le trottoir et les voitures et plusieurs de nos cols bleus, ceux affectés à la collecte du recyclage par exemple, se sont blessés et se sont retrouvés en arrêt de travail à cause de ce banc de neige. Ça serait plate de perdre des élections pour ça. Ça serait plate que le rêve de faire de ce quartier fantastique un quartier incomparable à l’échelle du monde ne se réalise pas à cause d’un banc de neige.


Avez-vous peur de perdre vos élections?

Non. Le public fait généralement les choix qui correspondent à ses vœux. Tu ne peux pas décider pour la population le rythme des changements qu’elle veut. Tu ne peux pas décider de ses rêves et de ses idéaux. Il faut juste s’arranger pour avoir les mêmes qu’elle. Dans mon cas, j’ai des rêves et des idéaux très élevés pour le Plateau. Il y a donc un petit risque que ce ne soit pas les mêmes que ceux de la population, mais je continue d’avoir confiance en la population du Plateau.


Vous avez souvent été cité, depuis votre élection en 2009, pour vos commentaires chocs. Vous semblez désormais plus prudent dans vos sorties. Est-ce que ce changement s’est fait de manière consciente?

Je me suis rendu compte qu’il y a un effet média beaucoup plus gros que l’objectif que je cherche à atteindre. Moi, je veux communiquer une idée, mais je me suis rendu compte, avec le temps, que ce n’était pas tant l’idée qui passait que le coup de gueule. Je me suis dit que ça ne servait pas à grand chose.

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