Finissant(e)s de Rafaël Ouellet: un morceau de village dans nos poches
Avec Finissant(e)s, Rafaël Ouellet nous fait revivre le dernier été après la fin du secondaire. Celui de l’incertitude. Quand tout est en suspens et qu’on ne sait pas trop ce qui nous attend. «Je dirais que c’est peut-être mon film le plus autobiographique», avoue le réalisateur.
Tourné en 2009, avec «les mêmes personnes ou presque, et des moyens et des ambitions similaires» que New Denmark, Finissant(e)s s’inscrit dans la lignée des films plus personnels de Rafaël Ouellet. «Dans ma filmographie, il y a deux voies qui se dessinent en parallèle, explique le cinéaste. Il y a d’abord celle des œuvres plus écrites, plus achevées, comme Derrière moi ou Camion. Et puis, il y a mes films faits avec presque-pas-de-sous, comme Le cèdre penché ou celui-ci. Des films qui me permettent d’essayer des choses, d’explorer.»
Pour la première fois, Rafaël a confié le montage d’un de ses films à un autre que lui, en l’occurrence à Jules Saulnier. Cette passation l’a aidé à voir ses propres images d’un œil nouveau, dit-il. Avec un certain étonnement, il s’est même rendu compte que, sans le vouloir, cette dernière œuvre était devenue celle qui «parle le plus de lui».
Dans ce film teinté de mélancolie et de souvenirs, le réalisateur nous amène de nouveau à Dégelis, son village natal. L’école est finie, les diplômes ont été remis. Un groupe de jeunes s’interroge sur ce qui arrive après. Il y a les amis qui partent, ceux qui restent, des accidents qui surviennent aussi. Pour marquer le temps qui passe, des dates apparaissent parfois à l’écran, tel un décompte vers la fin des vacances : 26 juin, 18 juillet…
Au début du film, on voit les visages qui défilent, dans un cadrage de photo de classe, comme si on feuilletait un album de Finissant(e)s. «Cet enchaînement de visages, je l’ai fait pratiquement dans tous mes films… et Bergman l’a fait aussi, rappelle le cinéaste. Je trouve qu’il y a quelque chose de poétique et d’hypnotisant dans ce procédé. Je l’ai volé à quelqu’un d’autre, mais je me l’approprie sans gêne!»
Présenté comme un docu-fiction, Finissant(e)s possède quelques petites perles de dialogues. «C’est beau», remarque par exemple une adolescente en regardant le paysage de son village. «C’est beau, mais c’est platte», rétorque l’autre du tac au tac. Il y a aussi les témoignages dans le skatepark de deux planchistes qui se désolent du «manque de relève». «Maintenant, les plus jeunes font du skate… sur leur PlayStation 3!» s’exclament-ils. «Je trouve ça super, car ces répliques ont été livrées spontanément, souligne le réalisateur. C’est d’ailleurs pour ça que je ne me gêne pas pour dire que c’est un docu-fiction. Disons que je n’ai vraiment pas mis beaucoup de mots dans la bouche de ces jeunes!»
Dans une scène chargée de sens, l’héroïne du film (Carla Turcotte) et son copain décrochent le panneau routier marqué Dégelis et l’emportent avec eux, dans le coffre de l’auto. «Si un jour tu te tannes, tu me le donneras, hein?» demande le garçon à son amie. Une scène hautement symbolique? «En fait, c’est surtout une façon de rattraper un regret, avoue le réalisateur. Quand j’étais jeune et que je partais pour le cégep, j’avais essayé de la décrocher, cette pancarte, et ça n’avait pas fonctionné! Au passage, j’ai perdu les outils de mon père, il y a un chien qui a commencé à me courir après… Là, je suis plus vieux, j’ai plus de ressources, donc je l’ai fait. J’avais trop envie de le faire. Il fallait que je le fasse.» En plus, souligne-t-il, le mot DÉGELIS sur un panneau vert, c’est aussi un symbole d’appartenance. «Peu importe d’où on vient, quand on est jeune, on a juste envie de chialer et de partir. Mais quand on finit par le faire, on réalise qu’on veut quand même apporter un morceau de notre village dans nos poches…»
Finissant(e)s
En salle dès vendredi