Les prostituées à la croisée des chemins
La Journée d’action contre la violence sexuelle faite aux femmes qui se tient vendredi sera fortement teintée par l’actualité. Alors que la Cour suprême étudie toujours la cause Bedford vs Canada qui pourrait ouvrir la porte à la légalisation de la prostitution, plusieurs groupes féministes craignent que cela nuise en premier lieu aux femmes.
«Décriminaliser la prostitution, ce serait nier la violence qu’elle perpétue et les inégalités qu’elle renforce. Et ce n’est pas parce qu’on légalise les maisons de débauche que ce sera plus sécuritaire pour les femmes et les filles qui représentent 90% des prostitués», clame Karine Tremblay, porte-parole du Regroupement québécois des Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS).
L’organisation croit qu’il faudrait criminaliser les fournisseurs de services sexuels ainsi que les clients comme cela se fait en Suède depuis 1999 et milite pour un revenu de citoyenneté qui permettrait de réduire la prostitution de nécessité. «Dans les pays où les femmes et leur sexualité son monnayable, toutes les femmes écopent, car elles deviennent potentiellement prostituables (sic)», ajoute Mme Tremblay
Mais tous les groupes ne sont pas de cet avis. Le groupe Stella par exemple, milite activement pour la décriminalisation et a tenté de se faire entendre par la Cour suprême. La criminalisation empêche les prostitués de porter plainte contre des clients abusifs.
Mais l’organisation montréalaise de défense des travailleuses du sexe est opposée à la criminalisation des clients. «Les criminaliser les pousserait à se faire plus discrets et à se déplacer», écrit l’organisation dans un mémoire. Pareil pour la criminalisation des tiers, qui louent des espaces aux prostitués, prennent leurs rendez-vous ou les conduisent à leurs rendez-vous. «Criminaliser nos collègues de travail et les personnes avec qui nous vivons contribue aussi à notre isolement et à notre vulnérabilité», écrit l’organisme.
La cause Bedford vs Canada a débuté en 2007, devant la Cour supérieure de l’Ontario. En 2010, la justice avait jugé inconstitutionnelles deux lois criminalisant les maisons de débauche et le fait de vivre de la prostitution. Ce jugement a été contesté et est depuis juin étudié par la Cour suprême.
À Montréal, plusieurs évènements seront organisés pour souligner la journée contre la violence sexuelle faite aux femmes, dont la désormais traditionnelle marche La rue, la nuit, femmes sans peur. La Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLÈS) qui pilote la marche attend une centaine de participantes. La marche partira à 19h15 au Parc des compagnons où plusieurs femmes itinérantes ont été agressées récemment.
Des chiffres
En 2011, la CLÈS avait dressé un portrait des principaux lieux de prostitution dans la région montréalaise.
- 65 bars de danseuses (en baisse)
- 199 salons de massage (en hausse fulgurante)
- 38 agences d’escortes
- 10 Peep-shows et cinémas érotiques
- 7 clubs échangistes