Vers une administration montréalaise minoritaire
Si de nouvelles formations politiques ont vu le jour à Montréal avant le déclenchement de la campagne électorale, de nouvelles alliances risquent d’être formées au lendemain des élections municipales puisque le temps des administrations majoritaires dans la métropole semble révolu.
«Ce n’est pas les électeurs qui ont complètement le contrôle sur l’avenir au conseil de ville. La deuxième partie de l’élection va se jouer en sourdine, au lendemain de l’élection. Montréal est entrée dans une ère où on n’aura plus des administrations majoritaires au conseil de ville», affirme la professeure associée du Département d’études urbaines et touristiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Danielle Pilette.
Le professeur de sciences politiques de l’Université Concordia, Bruce Hicks, croit aussi qu’il est possible qu’une administration minoritaire prenne le pouvoir dimanche prochain. Le cas échéant, ce sera le «free for all», selon lui.
«Il semble que ce sera un conseil de ville très divisé, mais tout dépendra du nombre d’électeurs qui se présenteront dans les bureau de scrutin, a-t-il indiqué. C’est une élection très imprévisible.»
Pour obtenir une majorité au conseil de ville, un parti politique doit faire élire 33 élus. Cette cible sera difficile à atteindre, d’après Mme Pilette, en raison entre autres de l’émergeance de partis politiques locaux, notamment à Anjou, à LaSalle, à Outremont, à Verdun et à L’Île-Bizard—Sainte-Geneviève.
Dans Lachine, par exemple, le maire sortant, Claude Dauphin, a décidé de créer son propre parti – l’Équipe Dauphin Lachine –, mais il n’a pas fermé la porte à la possibilité de faire une alliance au lendemain du 3 novembre. L’Équipe Denis Coderre, la Coalition Montréal de Marcel Côté et le Vrai changement pour Montréal ont décidé de ne présenter aucun candidat contre lui.
«Est-ce que ces partis locaux vont rester indépendants et se rallier avec l’administration seulement pour des enjeux spécifiques ou est-ce qu’ils voudront faire une coalition postélectorale? Ce sera entre leurs mains», dit la professeure Pilette.
«Si on n’est pas loin des 33 élus, on va peut-être en convaincre quelques-uns de faire une coalition post-électorale, a-t-elle ajouté. Si on est loin des 33 élus, peut-être que les équipes locales vont décider de négocier mois par mois, selon ce que l’administration leur donnera sur les enjeux qui les intéressent.»
Qui plus est, ces élus indépendants ont aussi de bonnes chances de l’emporter à cause du nombre important de candidatures, d’après la professeur de l’UQAM. Après avoir fait leur choix quant au prochain maire de Montréal, les électeurs voudront sans doute donner la chance à un candidat indépendant, sinon à un candidat issu d’une autre formation politique pour défendre leurs intérêts locaux. «Peut-être que le vote pour le chef entraînerait des conséquences en sa faveur s’il n’y en avait pas un si grand nombre de candidatures locales, explique Mme Pilette. L’électeur moyen doit voter pour tellement de monde que l’appel du chef, ça se passe une fois, pis après cela, tu ne sais plus trop pour qui tu votes.»
Bruce Hicks croit au contraire que les électeurs choisiront leurs élus locaux appartenant au même parti que le candidat à la mairie qui obtiendra leur vote. «Pour plusieurs Montréalais, c’est le choix logique, a-t-il dit. La bannière représente en quelque sorte un raccourci pour eux.» Il a toutefois ajouté que des candidats locaux, très engagés dans leur communauté, peuvent miser uniquement sur leur nom et leur réputation pour se faire élire, sans nécessairement vanter le parti auquel ils appartiennent.
Qui pourrait prendre part à la coalition?
- «Ce sont les formations qui sont sur la corde raide qui pourraient participer à une coalition», croit la professeure associée de l’UQAM, Danielle Pilette. Cette dernière a déjà ciblé les candidats qui seront élus sous la bannière du Vrai changement pour Montréal – Groupe Mélanie Joly et de la Coalition Montréal – Marcel Côté, dont le nombre pourrait être limité, selon elle.
- Mme Pilette croit aussi que Projet Montréal ne voudra sans doute pas participer à une coalition post-électorale. «Dans les derniers mois, Projet Montréal prenait de plus en plus ses distances de la coalition [mise en place après le départ du maire Gérald Tremblay], dit-elle. Ils se sont rendus compte que ça pouvait être une erreur politique, mais que c’était prendre un grand risque de ne pas y participer et de laisser faire la tutelle de Montréal.»