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Recenser les sans-abri est inutile, croient les intervenants

Le couvre-feu inapplicable aux itinérants
Photo: Yves Provencher/Métro

Le maire de Montréal, Denis Coderre, veut à tout prix un nouveau recensement de la population itinérante. Les organismes impliqués auprès des sans-abri sont en défaveur, jugeant le processus coûteux et inutile.

M. Coderre rencontre mardi les représentants du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), qui regroupe 99 membres. Depuis son entrée en poste, le maire martèle vouloir poser des actions rapides pour contrer l’itinérance. Il répète aussi vouloir un recensement pour avoir un meilleur portrait du phénomène, 16 ans après le dernier décompte qui a établi le nombre de sans-abri sur l’Île à 28 000. «Je veux que les données soient mises à jour, pour avoir une base statistique solide», déclare M. Coderre. Ce dernier indique vouloir débloquer plus d’argent pour le dossier de l’itinérance au prochain budget, ce qui permettrait de financer la recherche sans couper dans le financement d’autres projets.

«Si M. Coderre veut passer au mode action, il va certainement comprendre qu’il est plus efficace de poser des gestes que de se mettre à faire un recensement», affirme Pierre Gaudreau, le porte-parole du RAPSIM qui sera présent à la réunion, Pierre Gaudreau.

Selon M. Gaudreau, dénombrer la réalité de l’itinérance est un défi impossible. «On peut compter les personnes dans les refuges, mais ça ne tient pas compte de ceux qui sont dans les maisons de chambres, qui font du couch surfing, qui dorment dehors, dans une voiture ou squattent ailleurs», explique-t-il. Par ailleurs, les données fournies par plusieurs organismes, dont les taux d’occupation des refuges, permettent de constater que le phénomène est en croissance depuis 5 ans, affirme M. Gaudreau.

Un recensement de l’envergure de celui effectué en 1997 coûterait environ 200 000$, estime Louise Fournier, la chercheure ayant piloté le recensement à l’époque. Elle admet que le processus est long et qu’il n’est pas nécessaire à tout prix. «Si on commande un recensement, et qu’on ne fait rien avec les chiffres, c’est inutile. Il faut d’abord identifier des actions précises, et ensuite recenser des chiffres pour les orienter», fait-elle valoir.

Même si la Ville de Montréal n’a pas de budget et des pouvoirs aussi importants pour contrer l’itinérance que Québec et Ottawa, plusieurs gestes concrets peuvent être posés, estime Pierre Gaudreau. «Pleins d’actions de la Ville peuvent avoir un impact, que ce soit en installant rapidement les centres d’injections supervisés, en sauvegardant les maisons de chambre, en augmentant les logements sociaux, en améliorant la formation en intervention des policiers…» énumère-t-il.

Québec écarte l’idée du recensement… pour l’instant
À Québec, où le ministère de la Santé est sur le point de dévoiler une nouvelle politique en matière d’itinérance, on indique avoir rejeté l’idée d’un recensement. «L’absence de modèle méthodologique permettant d’arriver à un portrait fiable de l’itinérance» est une des raisons qui a poussé le ministère a plutôt utilisé d’autres données pour dresser un portrait de l’itinérance. Par exemple, on a comptabilisé les ressources d’hébergement ainsi que des données sur le revenu, l’insécurité alimentaire et le logement. «Cette démarche par indicateurs vise à assurer une surveillance continue du phénomène de l’itinérance et d’en dégager les tendances», écrit par courriel Marie-Claude Lacasse, responsable des communications au ministère.

L’idée de faire un recensement n’est toutefois pas complètement écartée. «Les experts examinent actuellement la faisabilité de réaliser une démarche complémentaire de dénombrement pour le portrait [sur l’itinérance]», peut-on lire dans le message envoyé à Métro.

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