Des parcs sur les chantiers
La designer new-yorkaise Howard Chambers, co-fondatrice de l’entreprise Softwalks, croit qu’on peut créer des parcs improvisés avec les échafaudages qui occupent les rues des grandes métropoles.
L’entreprise propose quatre modules interchangeables différents qui peuvent s’attacher aux imposantes structures d’acier pour créer ce qu’elle appelle des «pop-up parks» (parcs spontanés). Avec une chaise, un pot à fleurs, une table et une lumière, Softwalks espère pouvoir transformer les chantiers en lieux conviviaux. Métro s’est entretenu avec Mme Chambers, qui présentera demain ses idées au cours du colloque Quel chantier! le design au secours des grands chantiers urbains, dans le cadre des Entretiens Jacques-Cartier.
Comment vous est venue l’idée de Softwalks?
Je ne viens pas de New York, je viens de Seattle, où il y a beaucoup de parcs et de belvédères. Le déménagement a été tout un ajustement! Le paysage à New York est très chargé. Lors de ma maîtrise en design à l’université Parsons, nous avons étudié les infrastructures et ce qu’elles représentent pour une ville. Moi et mon partenaire [Bland Hoke] avons examiné les échafaudages et nous nous sommes demandé pourquoi nous ne les transformions pas en quelque chose de plus plaisant.
Nous trouvions que l’idée d’avoir des petits modules qui peuvent être apposés à différents endroits et s’adapter aux conditions permettrait une spontanéité et serait en plus facile d’entretien. Les modules sont conçus pour durer 20 ans, mais ils sont démontables et peuvent être déplacés. En plus, ils sont construits avec des attaches déjà utilisées dans l’industrie de la construction pour bâtir des échafaudages et qui sont donc solides. La chaise, par exemple, peut supporter une personne de quelque 300lb.
«Nous pouvons transformer les échafaudages, qui sont utilisés depuis plus de 100 ans. Nous espérons que ça encouragera un meilleur design pour ces structures.» -Howard Chambers, co-fondatrice de l’entreprise Softwalks
Vous avez testé vos modules sur les échafaudages à New York. Quelle a été la réaction des passants?
Ils ont adoré! Ils voulaient savoir comment ils pouvaient en avoir dans leur quartier, dans quels quartiers les autres installations Softwalks se trouvaient. Bref, ils étaient très curieux du concept en général. Nous avons par contre eu du mal à introduire les modules, car il est compliqué d’installer du matériel sur la voirie à New York. Nous avons dû faire usage de tactiques de guérilla. (Rires) Nous avons aussi réussi à en installer quelques-uns dans le cadre d’installations artistiques. C’est ironique, car une grande partie de l’intérêt pour notre entreprise est venue de l’étranger – le Brésil, le Royaume-Uni, Hong Kong… Peut-être que l’Amérique comprendra qu’on peut permettre ce genre de concept en voyant ce qui peut se faire ailleurs.
Les initiatives de réclamation urbaine comme la vôtre semblent gagner du terrain dernièrement. Pourquoi?
C’est un retour à l’idée que la ville devrait être conçue pour les humains, et non pour les automobiles. Je crois que Softwalks et d’autres initiatives du genre permettent une utilisation plus intelligente de l’espace. À New York, 10% des gens utilisent leur auto et 90% sont piétons, mais 10% de la chaussée est destinée aux piétons et 90% aux automobiles. Ça n’a pas de sens!
Colloque Quel chantier!
Au théâtre Paul-Desmarais du Centre canadien d’architecture
De 8h à 19h30, mercredi et jeudi