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Dans les coulisses du Biodôme

Photo: AZPML-Kanva architecture/NEUF architect(e)s

Le Biodôme de Montréal aura 25 ans en 2017. Métro s’est entretenu avec sa directrice, Rachel Léger, pour savoir où en sont les projets de rénovation du jardin zoologique intérieur et en a profité pour visiter les coulisses de l’établissement. Voici quelques moments de cette visite.

vétérinaire1 docteur, 5000 patients
Le Biodôme ne compte qu’une seule vétérinaire permanente. Emiko Côté aime dire qu’elle saute du coq à l’âne! La vétérinaire de l’établissement doit en effet être polyvalente pour intervenir auprès des 5000 spécimens animaux – incluant toutefois une grande variété de poissons. Dans le deuxième sous-sol de l’ancien vélodrome, on compte des quartiers d’isolation, une salle d’anesthésie et une salle d’opération servant pour les plus petits oiseaux comme pour les gros paresseux. Son intervention la plus étrange? Une chirurgie sur un hocco – un oiseau de la forêt tropicale – intoxiqué par le zinc des sous noirs jetés par les visiteurs qu’il avait ingérés.

cuisine biodômeCuisine collective
Sur le grand tableau de la cuisine du Biodôme, le menu du jour est affiché : éperlans pour les manchots, fruits pour les chauves-souris et rats et pâté à la viande chevaline pour les lynx. C’est la vétérinaire qui planifie, deux fois par année, la diète des différents groupes taxonomiques. Dans l’immense garde-manger et l’imposant congélateur du Biodôme, on trouve un stock énorme de poissons et de crevettes, beaucoup de nourriture sèche et même des céréales pour bébé. Lors de notre passage, on préparait le plateau de fruits et de graines pour les oiseaux tropicaux. Coupés finement pour leurs petits becs!

plongeur biodômePlonger dans le monde marin
En marchant vers le bassin du monde marin, Robert Vaillancourt, biologiste et chef de la division des collections vivantes, fait remarquer les immenses sacs qui jonchent le sol. Ceux-ci sont remplis de sel afin de recréer les conditions du golfe du Saint-Laurent. Quelques fois par semaine, un technicien en chimie analyse l’eau. Puis, trois fois par semaine, un des aquaristes – les préposés aux collections aquatiques – plonge dans le bassin de 2,5 millions de litre – l’équivalent d’une piscine olympique – pour en assurer l’entretien. Nous en avons attrapé un juste à temps lors de notre visite en coulisses.

recherche biodômeChercheurs au travail
Plus qu’un jardin zoologique, le Biodôme est aussi un important centre de recherche. Dans ses laboratoires, on travaille autant sur la reproduction des rainettes faux-grillon que sur la phytoprotection – l’interaction entre les plantes et leurs ennemis naturels. Dans le nouveau Biodôme, qui ouvrira ses portes en 2018, on songe à ouvrir les corridors dédiés à la recherche aux visiteurs. Mais si on le fait, ce serait seulement en fin d’après-midi, pour respecter le travail des chercheurs.

machinerie biodômeJouer à dame Nature
Sous les écosystèmes, un impressionnant système de machinerie sert à recréer les différentes saisons. C’est comme une immense thermopompe de 1600 tonnes – une thermopompe pour une maison est en général de 2 tonnes. En 2009, le système a été complètement amélioré et est maintenant alimenté par une nappe d’eau souterraine qui coule sous le Biodôme. Le tout a permis de réduire la facture d’électricité de moitié et d’abaisser les émissions de GES de l’établissement de 75%.

lanterneaux biodômeUne architecture à redécouvrir
La lumière, c’est beaucoup plus important que la température, souligne la directrice du Biodôme, Rachel Léger. C’est ce qui dicte la chute des feuilles, l’hibernation, la période de reproduction. Si le Biodôme s’est installé dans l’ancien vélodrome, en 1992, c’est surtout à cause des lanterneaux. Mais avec la configuration actuelle du musée, on n’y porte peu attention. Dans les plans qui dictent la ligne à suivre pour les rénovations du Biodôme, on cherche à se rapprocher de cette architecture unique, en ajoutant une mezzanine et des passerelles en hauteur.

Pour un Biodôme plus immersif

Le Biodôme a été créé pour le 350e anniversaire de Montréal. Pour le 375e de la ville, le musée se refera une beauté et rendra la visite plus immersive. Mais il est minuit moins une. Entretien avec Rachel Léger, directrice générale du Biodôme.

Comment le Biodôme a-t-il vieilli?
Il a bien vieilli. Nous comptons encore 800 000 visiteurs par année, ce qui en fait le musée payant ouvert à temps plein le plus visité au Québec. Mais c’est évident qu’on veut remettre l’institution au goût du jour. Comment peut-on garder le Biodôme à l’avant-garde? Comment peut-on aller plus loin pour faire passer le message environnemental? En 25 ans, les choses ne se sont pas beaucoup améliorées. Il faut frapper plus fort sur le clou, sans être moralisateur, sans tomber dans l’activisme. Ce n’est pas simple.

Comment le Biodôme se métamorphosera-t-il?
Nous ne touchons pas à la collection animale; nous souhaitons améliorer l’expérience autour des écosystèmes. Nous tenons aussi à profiter davantage de la toiture de l’ancien vélodrome. Une mezzanine fera le lien entre les écosystèmes, mais pourra vivre sans eux. Ça va nous donner plus de flexibilité. On pourrait y tenir des 5 à 7 avec vue sur la tropicale, par exemple. Nous souhaitons également revoir la place centrale du Biodôme et refaire complètement le monde polaire pour le rendre plus immersif.

L’immersion est à la mode dans les musées…
Si on déstabilise un peu les visiteurs, on arrivera sans doute à faire passer davantage notre message environnemental. L’immersion sera au cœur des changements. Nous voulons ajouter des blocs de glace dans le monde polaire et de la pluie dans la forêt tropicale, par exemple. Nous souhaitons aussi éliminer les corridors, comme ceux près de l’habitat du lynx et de la grotte des chauves-souris, qui brisent l’immersion.

Comment assurer l’immersion quand le visiteur passe de la forêt tropicale au monde polaire?
Il faut pousser l’expérience, sans trop brimer le confort du public. À Orlando, le monde polaire est à deux degrés Celcius pour les animaux… et pour les visiteurs, qui sont en petites robes et en sandales! C’est tellement immersif qu’on n’a aucune envie d’y rester. Il faut trouver un compromis. Surtout, il faut pouvoir voir, entendre et sentir les animaux; ressentir le climat.

Comment parvenir à créer un équilibre entre architecture et nature?
Ça demande des discussions musclées! On ne peut pas entrer dans le Biodôme comme en 1992, alors qu’il n’y avait rien. On ne peut pas ajouter des structures qui viendront gâcher les habitats qui sont fragiles. Nous utiliserons les quartiers d’isolation déjà existants pour déplacer des animaux pendant les travaux et nous construirons des quartiers de quarantaine – que nous demandons depuis longtemps – à l’extrémité nord du Jardin botanique.

Les travaux ne seront pas terminés pour le 375e anniversaire. Quand le nouveau Biodôme ouvrira-t-il ses portes?
On vise une préouverture en décembre 2017, pour clôturer les fêtes du 375e. Puis, une ouverture officielle au début de 2018. Les travaux pourraient débuter en avril ou en mai 2016. Le Biodôme demeurerait ouvert à l’été 2016 avant de fermer de septembre 2016 à décembre 2017.

Que représente la fermeture du Biodôme?
Nous allons tenter de faire vivre le Biodôme à l’extérieur des murs: dans les parcs, les écoles, les festivals et les autres Espaces pour la vie. Il faut aussi veiller à la protection des animaux et des végétaux pendant les travaux. Nous avons aussi des employés, comme ceux de la billetterie et de l’animation, que nous ne voulons pas perdre et qui ne sont pas tous permanents. Pourra-t-on garder tout le monde? Nous ne sommes pas rendus là, mais nous voulons les protéger.

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