Moratoire sur le déversement d’eaux usées dans le fleuve
Le maire de Montréal, Denis Coderre, a demandé de suspendre pendant «une journée ou deux» la décision de déverser près de 8 milliards de litres d’eau usées dans le fleuve Saint-Laurent.
La Ville souhaite ainsi «réévaluer la décision pour s’assurer que l’analyse qui avait été faite est la bonne», a indiqué le président du comité exécutif, Pierre Desrochers, mercredi, au nom du maire actuellement en voyage d’affaires à New-York.
La Ville de Montréal avait maintenu, plus tôt cette semaine, qu’elle n’avait pas le choix de déverser pendant sept jours consécutifs des eaux domestiques usées directement dans le fleuve afin de pouvoir construire une chute à neige dans le cadre du projet Bonaventure, ce qui représente un total de 8 milliards de litres d’eau usées.
Entre les 18 et 25 octobre, toutes les eaux non traitées qui sont habituellement acheminées à l’usine d’épuration par le collecteur sud-est devaient plutôt être déversées dans le Saint-Laurent, entre LaSalle et Rivière-des-Prairies, avec un débit de 13 mètres cubes par seconde.
«Ce n’est pas possible de dériver l’eau, explique Philippe Sabourin, porte-parole de la Ville de Montréal à TC Média. Il n’y a pas de structures aussi grosses adjacentes».
Une chute à neige reliée au collecteur se trouve sous l’autoroute Bonaventure. Avec la mise au sol de la route, la Ville doit construire une nouvelle chute. Ce travail ne peut se faire avec le collecteur en usage. «Il faut travailler à sec», souligne Philippe Sabourin.
Si l’administration municipale soutient que le débit du Fleuve [6 0000 à 8 000m3 par seconde] permettrait une dilution rapide des eaux usées rejetées [13m3 par seconde], certains doutent de l’affirmation.
«J’ai étudié la question des débordements d’eaux usées dans un secteur de la région métropolitaine pour ma thèse et j’ai des doutes face à cet argument. Il serait intéressant de savoir sur quelles études se basent les conclusions de la Ville», lance Isabelle Jalliffier-Verne, doctorante en Génie-civil à Polytechnique Montréal.
Si elle ne conteste pas le fait que le haut débit d’un cours d’eau pourrait permettre la dilution des contaminants, elle souligne aussi que cela peut accélérer leur transport dans le cours d’eau. «Les prises d’eau de municipalités en aval pourraient peut-être être touchées, de même que la faune ou la flore en berge», dit-elle, en ajoutant que cela dépendra aussi de la concentration en contaminants des eaux rejetées et des points de rejets.
«Ça me fait mal au cœur, mais il s’agit d’une situation exceptionnelle de dernier recours, parce qu’il n’y a rien d’autre que nous pouvons faire afin d’éviter ces déversements», a affirmé avant-hier la responsable de l’eau et des infrastructures de l’eau au comité exécutif de la Ville, Chantal Rouleau.
Le parti Projet Montréal demande à la Ville de démontrer que d’autres solutions ont bel et bien été étudiées, comme par exemple l’installation d’unités mobiles sur les 25 points de surverse. Une position qui rejoint celle de la Fondation Rivières.
Point de surverse 101
- Les points de surverse sont des éléments du réseau d’égout
- Ils permettent de capter les surplus d’eau en cas de pluies torrentielles
- Une partie des surplus sont alors envoyés dans les cours d’eau sans être traitées