Montréal
04:00 12 février 2016 | mise à jour le: 12 février 2016 à 04:00 Temps de lecture: 3 minutes

Les stupéfiants à l’abri de l’inflation

Les stupéfiants à l’abri de l’inflation
Photo: Getty ImagesMan inhale cocaine

Pendant que le prix du panier d’épicerie et le coût de la vie continuent de grimper, les consommateurs de drogue profitent d’une marchandise de moins en moins coûteuse. C’est ce que TC Media a pu constater en comparant les chiffres de 2015 d’un document interne de la Sûreté du Québec obtenu et ceux d’un expert en toxicomanie.

Réalisée à partir d’informations recueillies dans les dossiers de saisies, par des rencontres de sources, de l’écoute électronique et des témoignages judiciaires, la liste de prix des drogues dressée par le Service du développement et de l’implantation des programmes de la SQ donne un prix pour chacun des stupéfiants disponibles sur le marché noir.

Après analyse, on remarque que l’inflation est quasi inexistante sur le marché noir. «Sauf exception, les prix sont relativement stables, mais en dollars constants, le prix baisse graduellement», confirme le spécialiste en toxicomanie de l’École de psychoéducation de l’Université de Montréal Jean-Sébastien Fallu.

À titre d’exemple, le professeur Fallu note qu’un gramme de cannabis se détaille toujours à 10$, tout comme un gramme de champignons magiques. On apprend aussi dans cette note que les drogues chimiques, comme le GHB (5$/ 1ml) ou les méthamphétamines (5$ le comprimé), s’écoulent à des prix ridiculement bas. Les pilules d’amphétamines valaient autour de 25$ il y a 20 ans d’après notre expert.

La déflation du prix des stupéfiants est un constat d’échec dans la guerre contre les stupéfiants, croit Jean-Sébastien Fallu. «La prohibition n’est pas très efficace. Si on avait réussi à faire diminuer l’offre et à réduire les stocks, les prix monteraient beaucoup plus que ça», analyse le chercheur.

À l’opposé, l’ex-policier de la Sûreté du Québec François Doré croit qu’il faut redoubler d’ardeur. «Le fait de pouvoir se procurer des stupéfiants à moindre coût ne fait que renforcer le marché, ce qui est tout à l’avantage des criminels, indique M. Doré. Le marché noir des stupéfiants demeure la première source de criminalité dans le monde et représente des centaines de milliards de dollars annuellement.»

Jean-Sébastien Fallu craint que ces prix à la baisse laissent présager une hausse du nombre de consommateurs, et surtout du nombre de toxicomanes. «Avec certaines substances licites comme l’alcool, on sait que le prix est lié directement à la consommation. C’est plus efficace de contrôler le prix pour réduire la consommation», explique l’expert de l’UdeM.

Une observation corroborée par Bruno Ferrari, directeur du centre de traitement des dépendances à Dianova Canada. «95% des personnes qui arrivent en thérapie présentent un modèle de polyconsommation. Ils ont une drogue de choix, mais se tournent occasionnellement vers une autre substance selon qu’il y a un manque de disponibilité ou un prix plus élevé», souligne-t-il.

Le porte-parole de la Sûreté du Québec, sergent Daniel Thibodeau, a refusé d’émettre tout commentaire sur le sujet. Il a simplement confirmé que cette liste est un document de consultation interne qui peut, à l’occasion, servir de référence en cour.

Quelques exemples
Ecstasy: environ 40$ le comprimé il y a 20 ans / 8$ en 2015
Amphétamines: environ 25$ il y a 20 ans / 5$ en 2015
Cocaïne: environ 80$ pour 1g il y a 15 ans / 100$ en 2015

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