Une fusillade tue des personnes à Québec
QUÉBEC — Quelques heures après qu’une ou plusieurs personnes eurent ouvert le feu dans le Centre culturel islamique de Québec, tuant six personnes et en blessant huit autres personnes, le gouvernement du Québec a confirmé que la tragédie était «un acte terroriste», dimanche.
Le premier ministre Philippe Couillard a écrit sur son compte Twitter: «A la suite cet acte terroriste, j’ai demandé à l’#assnat de mettre en berne de notre drapeau du #Québec». Plus tôt, le ministre de la Sécurité publique Martin Coiteux avait annoncé que «la structure de gestion policière contre le terrorisme a été déployée».
Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a aussi fait part de sa peine dans un communiqué en fin de soirée et a évoqué explicitement un acte terroriste. «C’est avec un sentiment de choc, de tristesse et de colère que j’ai appris qu’une fusillade tragique et mortelle avait eu lieu ce soir, au Centre culturel islamique de Québec (…). Nous condamnons cet attentat terroriste dirigé contre des musulmans se trouvant dans un lieu de culte et de refuge.»
Une porte-parole de la Sûreté du Québec (SQ), Christine Coulombe, a indiqué que l’événement était «traité comme un attentat terroriste». Elle a confirmé le triste bilan, ajoutant qu’elle ne pouvait pas préciser l’état des blessés. Elle a ajouté que 39 personnes n’avaient pas été atteintes par les balles des tireurs.
Le CHU de Québec-Université Laval a fait état d’un nombre de blessés plus nombreux dans un bilan publié vers 1 h 30. Dans un communiqué de presse, il mentionne de 18 à 20 cas traités, la plupart requérant des soins mineurs. Toutefois, six personnes étaient hospitalisées à l’hôpital de l’Enfant-Jésus dans un état critique.
Lors de son premier point de presse de la soirée, un porte-parole du Service de police de la ville de Québec, Étienne Doillon, a rapporté que les policiers avaient reçu un premier appel vers 19 h 55, dimanche soir, faisant état que des coups de feu avaient été entendus à la mosquée de Québec.
M. Doillon a aussi annoncé l’arrestation de deux suspects. Plus tard, Mme Coulombe a précisé qu’un de deux hommes avait été arrêté à proximité de la mosquée tandis que l’autre a été épinglé près du pont de l’île d’Orléans. Ils sont détenus et seront interrogés par les enquêteurs. Selon elle, rien ne porte à croire qu’il y aurait d’autres suspects en fuite.
La police a érigé un grand périmètre de sécurité autour des lieux. Un café du voisinage est demeuré ouvert après les heures normales d’ouverture et servait du café aux résidants, aux policiers et aux journalistes.
Le président du Centre culturel islamique, Mohammed Yangui, visiblement éploré, a indiqué aux nombreux journalistes qui l’entouraient que la tuerie était survenue lors de la prière du soir, un événement qui attire entre 60 et 100 personnes, le dimanche, a-t-il ajouté.
Le Centre a remercié, sur sa page Facebook, la population pour «les centaines de messages de compassion venant de partout».
La mosquée située sur le chemin Sainte-Foy avait fait l’objet de menaces par le passé. En juin dernier, une tête de porc emballée dans un paquet avait été déposée à l’entrée de l’édifice. Trois semaines plus tard, une lettre islamophobe intitulée «Qu’est-ce qui est le plus grave: une tête de porc ou un génocide» a été distribuée dans les environs.
Un fidèle de la mosquée qui a refusé de s’identifier se demandait s’il devait commencer à s’inquiéter pour lui et sa famille. «Si on n’est plus désiré ici», a-t-il soupiré.
À l’aréna
Les personnes présentes à la mosquée ont été transportées dans l’aréna de Ste-Foy, où se présentaient également des proches qui les cherchaient, ainsi que des membres de la communauté.
Dans le stationnement, une infirmière d’origine marocaine et une collègue sont venues spontanément offrir leur aide et leur réconfort, après avoir vu à l’urgence de leur établissement des fidèles sous le choc après l’attentat.
Une femme lui a raconté qu’elle a été témoin de la confusion provoquée par la fusillade, au rez-de chaussée, grâce à des téléviseurs installés dans la salle réservée aux femmes, à l’étage.
«Je l’ai trouvée vraiment dans un état de choc, traumatisée, a-t-elle dit en refusant d’être identifiée. Son mari à côté d’elle il était bouche bée, figé.»
Deux autres hommes qui ont échappé au carnage étaient eux aussi figés. «Ils ne parlaient même pas», a-t-elle raconté.
L’infirmière, qui travaille au Centre hospitalier de l’Université Laval, a affirmé qu’elle était choquée elle aussi après cet attentat dans la mosquée qu’elle fréquentait parfois.
«Ça c’est le choc, à Ste-Foy, je n’arrive pas à comprendre, je n’arrive pas à croire, a-t-elle dit. On se sent en sécurité et là on est touchés, personne n’est à l’abri.»
À l’urgence de l’hôpital de l’Enfant-Jésus, Tarek Dhouibi, était à la recherche de son ami Aboubaker Thabti, dont le cellulaire ne répond plus.
M. Dhouibi avait visité d’autres hôpitaux en plus de s’être rendu à l’aréna de Ste-Foy, sans pouvoir obtenir d’informations.
«Son nom ne figure pas sur la liste des blessés, donc il est fort probablement décédé, mais personne n’est capable de me donner une réponse claire», a-t-il dit.
Carol-Ann Andrews, qui réside près de la mosquée, a fait part de sa surprise «Malheureusement, il y a des gens dont l’esprit ne tourne pas rond sur cette planète. La présente situation aux États-Unis avec ces lois et ces immigrants qui ne peuvent entrer là-bas leur a peut-être donné l’idée de se débarrasser des gens qui ne sont pas comme eux. C’est pathétique.»
Elle a soutenu que les relations entre les musulmans et le quartier étaient bonnes.
Diverses vigiles s’organisaient à plusieurs endroits du Québec au cours des prochains jours. «(Nous avons) le désir d’agir pour montrer que les personnes de confession musulmane ne sont pas seules. L’ensemble de la population québécoise souhaite leur dire qu’elle s’oppose à toutes les formes de racisme», a affirmé Annie Demers-Caron, une des organisatrices de celle qui se déroulera devant le Centre culturel islamique, lundi.
Le Service de police de la Ville de Montréal a indiqué de son côté qu’elle accordait une attention plus particulière à certains endroits, mais il n’a pas rappelé des effectifs supplémentaires.