Le redécoupage de la carte électorale dénoncé
La députée de Sainte-Marie-Saint-Jacques, Manon Massé, a qualifié de «déni de démocratie» le redécoupage de la carte électorale proposé mardi dans le second rapport de la Commission de la représentation électorale (CRE).
Mme Massé fait partie des députés québécois qui perdraient leur circonscription, tout comme les libéraux Jacques Chagnon de Westmount–Saint-Louis et Pierre Giguère de Saint-Maurice. Elle s’est dit inquiète pour la représentation des électeurs du quartier Centre-Sud. «Ce sont des populations qui ne se ressemblent pas, a-t-elle dit à propos des électeurs de la nouvelle circonscription de Ville-Marie, qui inclura autant l’ouest du centre-ville que le Village gai. La population de Centre-Sud va se retrouver encore plus noyée.»
Dans la proposition initiale de la CRE, c’est plutôt Outremont qui devait disparaître, soit la circonscription sur l’île de Montréal où le nombre d’électeurs est le plus éloigné de la moyenne, a tenu à rappeler la députée de Québec solidaire (QS). «Les gens du Centre-Sud auraient aimé savoir qu’ils faisaient partie des hypothèses de disparition», a-t-elle dénoncé. Notons que tous les changements à la carte électorale visent à mieux refléter la représentation démographique du Québec, mais que la Loi électorale établit à 125 le nombre maximum de circonscriptions.
«Il est invraisemblable que les commissaires n’aient pas tenu compte de la démographie», a déclaré son collègue solidaire, Amir Khadir, en point de presse, qualifiant la nouvelle proposition «d’absurde». Il est déçu qu’il y ait eu des consultations publiques entre la proposition initiale de la CRE, qui incluait le retrait d’Outremont, alors que cette fois-ci on place pratiquement la population devant le fait accompli. «Ceux qui veulent influencer de manière partisane savent tirer les ficelles qu’il faut», a-t-il dénoncé.
Bien que la ministre de la Réforme des institutions démocratiques, Rita de Santis, ait dit comprendre les arguments de Québec solidaire, qui se voit désavantagé par le redécoupage, elle a défendu le processus indépendant de la CRE. «Je ne crois pas que c’est partisan du tout, a-t-elle jugé. Je suis fier qu’on ait ce système-là au Québec.»

Les lignes rouges représentent les limites actuelles et les formes colorées les nouvelles circonscriptions proposées.
Mme de Santis est aussi critique par rapport au redécoupage en Mauricie, où la circonscription de Saint-Maurice disparaîtra. «On ne comprend pas comment on peut ajouter 17 500 nouveaux électeurs au troisième plus grand comté du Québec, Laviolette, qui sera maintenant à la fois très grand et au-dessus de la moyenne en nombre d’électeurs, a-t-elle questionné. Ça va être une circonscription très difficile à desservir.»
La ministre de la région de la Mauricie, Julie Boulet, a abondé dans le même sens. «C’est une représentation de moins pour une région qui traverse une période difficile, notamment avec l’industrie du bois d’œuvre. C’est clair qu’on est déçu», a-t-elle souligné. Mme Boulet assure que des représentations seront faites pour s’opposer au retrait de la circonscription de Saint-Maurice. «Je ne suis pas convaincue que la marge de manœuvre soit très grande pour changer quoi que ce soit», a-t-elle toutefois nuancé.
Dans les cinq prochains jours ouvrables, un débat d’un maximum de cinq heures doit se tenir à l’Assemblée nationale sur les conclusions du rapport déposé mardi. Toutefois, les députés ne voteront pas pour accepter ou refuser le rapport. Par la suite, la CRE publiera son rapport final et établira de manière définitive les limites des circonscriptions pour les prochaines élections générales.

Les lignes rouges représentent les limites actuelles et les formes colorées les nouvelles circonscriptions proposées.