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Quelle influence a eu la loi 101 sur le Québec?

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Giuseppe Valiante, La Presse canadienne - La Presse Canadienne

MONTRÉAL — La Charte de la langue française, mieux connue sous le nom de loi 101, est généralement considérée comme la pièce maîtresse qui assurerait la survie de la culture et de la langue française, ou comme le renforcement d’un statut de citoyen de deuxième classe pour des centaines de milliers de personnes.

Et bien que la loi 101 s’inscrivît dans la continuation de lois antérieures visant à renforcer la langue française, elle s’éloignait aussi radicalement du statu quo.

Le français est devenu la langue officielle des affaires, du gouvernement, du commerce et des tribunaux. Les immigrants ne pouvaient qu’envoyer leurs enfants à l’école française, y compris les Canadiens de l’extérieur de la province qui déménageaient au Québec et les affiches commerciales devaient être en français seulement.

«La loi 101 a radicalement modifié la mentalité et la psyché de la communauté anglophone qui ne s’est jamais considérée comme une minorité», déclare Robert Libman, un important défenseur des droits anglophones dans les années 1980 et 1990 et ancien chef du Parti égalité, qui fut même député à l’Assemblée nationale.

«La loi a clairement, clairement, a établi le fait que nous étions maintenant citoyens de deuxième classe.»

Mais Bernard Landry, qui était ministre dans le gouvernement Lévesque dans les années 1970 et 1980, avant de devenir de premier ministre entre 2001 et 2003, affirme que la loi 101 était nécessaire.

«Je me souviens qu’avant son adoption, pratiquement tous les enfants d’immigrants allaient à l’école anglaise, dit-il. C’était mauvais pour eux, mauvais pour nous, mauvais pour la société québécoise. Il était temps d’agir.»

Les francophones, qui avaient commencé à prendre le contrôle des leviers de pouvoir pendant la révolution tranquille des années 1960, croyaient que si rien n’était fait pour endiguer la progression de l’anglais le Québec serait anglicisé et ressemblerait à la Louisiane.

En 1985, les anglophones du Québec ont cru qu’ils l’avaient échappé belle lorsque les libéraux de Robert Bourassa ont repris le pouvoir, explique Robert Libman.

«Il y avait un sentiment de soulagement, raconte-t-il. Les gens pensaient que le fond du gouffre était atteint et que les libéraux annuleraient certains aspects de la loi 101.»

En fait, Robert Bourassa a fait le contraire.

Le premier ministre a utilisé la disposition de dérogation qui permet aux provinces ou au gouvernement fédéral d’adopter une loi dérogeant à certains articles de la Charte canadienne des droits et libertés pour maintenir l’affichage commercial en français seulement.

«Bourassa et sa femme étaient profondément francophones et Québécois et ils ont vu la catastrophe qui arrivait», explique M. Landry.

Les gestes du premier ministre ont renforcé la notion selon laquelle, indépendamment du parti politique au pouvoir — qu’il soit souverainiste ou fédéraliste — les lois linguistiques étaient là pour rester.

Le gouvernement Bourassa est partiellement revenu sur sa décision en 1993 et a fait adopter une loi qui permet à l’anglais d’être inclus sur les affiches extérieures — mais seulement si le texte français est au moins deux fois plus gros.

M. Libman soutient que les Anglo-Québécois avaient deux choix face au consensus imposé par la majorité: lutter ou partir.

«Très peu ont combattu, dit-il. Et avec le passage du temps, ceux qui sont restés ont décidé de rouler et de faire le mort.»

Beaucoup d’anglophones ont fini par partir.

Une étude menée en 2016 par l’Institut Fraser a révélé qu’entre 1971 et 2015, environ 600 000 personnes ont quitté le Québec pour d’autres régions du Canada.

Robert Libman affirme que les anglophones d’aujourd’hui sont plus bilingues, mais que la communauté «a été décimée».

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