National

De grandes personnalités nous ont quittés en 2018

Photo: Josie Desmarais / Métro

Plusieurs personnalités québécoises et canadiennes provenant de tous les milieux se sont éteintes en 2018. En voici un florilège:

POLITIQUE

Paul Gérin-Lajoie (le 25 juin à l’âge de 98 ans)

Artisan de la vaste réforme du système d’éducation au Québec pendant la Révolution tranquille, dans les années 1960, membre de «l’équipe du tonnerre» qui a bouleversé et transformé le Québec, Paul Gérin-Lajoie a été le tout premier ministre de l’Éducation du Québec, de 1964 à 1966. Parmi les grands principes qu’il a défendus et fait adopter figurent la gratuité de l’instruction publique, l’obligation de fréquenter l’école jusqu’à 16 ans pour tous les jeunes Québécois et la mise en place du réseau secondaire. Il abandonne la politique en 1969 pour diriger l’Agence canadienne de développement international (ACDI) jusqu’en 1977. S’il occupe diverses fonctions par la suite, l’éducation continue de soulever son grand intérêt. En 1986, il crée la fondation qui porte son nom et dont le mandat est d’assurer la formation et l’éducation des jeunes Africains. Cette Fondation met en place la célèbre «Dictée Paul-Gérin-Lajoie», qui vise à améliorer la connaissance du français pour tous les élèves francophones du monde.

Lise Payette (le 5 septembre à l’âge de 87 ans)

Cette grande pionnière a laissé sa marque dans plusieurs domaines. Tour à tour journaliste, animatrice, ministre et auteure de téléromans, elle a su tout au long de sa vie utiliser ses talents de communicatrice pour faire avancer les causes auxquelles elle croyait, notamment l’égalité des femmes et la souveraineté du Québec. Après avoir collaboré à divers journaux et magazines, elle devient animatrice à la radio de Radio-Canada et s’impose à la télévision avec son émission «Appelez-moi Lise». Peu avant les élections de 1976, elle offre ses services à René Lévesque et au Parti québécois. Élue dans la circonscription de Dorion en 1976, elle est nommée ministre des Consommateurs, Coopératives et Institutions financières et ministre d’État à la Condition féminine. Sa principale réalisation sera l’adoption de l’assurance automobile, qui élimine la notion de responsabilité lors d’un accident. Après son départ de la vie politique, elle se consacre à l’écriture. Elle publie notamment «Le Pouvoir, connais pas!» en 1982 avant de créer plusieurs téléromans dont La Bonne Aventure, Des Dames de coeur, Un Signe de feu et Marylin.»

Bernard Landry (le 6 novembre à l’âge de 81 ans)

Bernard Landry a joué un rôle fort important dans le développement du Québec. Souverainiste de la première heure, il est élu, pour la première fois dans la circonscription de Fabre, à Laval. Il est alors nommé ministre d’État au Développement économique. Réélu en 1981 dans Laval-des-Rapides, il reprend son ancien portefeuille, puis est promu en 1982 au Commerce extérieur, et enfin aux Relations internationales en 1984-1985. Candidat malheureux à la succession de René Lévesque, il sera brièvement ministre des Financements dans le bref gouvernement de Pierre-Marc Johnson. Défait en 1985, il retourne à l’enseignement. Le retour de Jacques Parizeau, qui s’est imposé à la tête du Parti québécois, l’incite à revenir en politique. Élu en 1994 dans Verchères, il devient vice-premier ministre et ministre des Affaires internationales, de l’Immigration et des Communautés culturelles. Sous la direction de Lucien Bouchard, il continue de cumuler les postes importants: les Finances, le Revenu, l’Industrie, le Commerce, la Science et la Technologie. En 2001, il réalise son rêve et devient premier ministre du Québec, poste qu’il occupe jusqu’à la défaite de son parti aux élections de 2003. Deux ans plus tard, déçu du faible appui qu’il reçoit, il démissionne de son poste de chef du Parti québécois et retourne à l’enseignement.

Autres décès: André Bourbeau (25 mars); John Ciaccia (7 août); Jean Bienvenue et Donald MacDonald (14 octobre); Louis O’Neil (23 octobre)

À l’étranger: Henri Namphy (26 juin); Peter Carrington (9 juillet); Kofi Annan (18 août); John McCain (25 août); George Bush père (30 novembre)

_____

CULTURE

Jacques Languirand (le 26 janvier à l’âge de 86 ans)

Écrivain, philosophe et homme de radio Jacques Languirand s’est surtout fait connaître par son émission «Par Quatre Chemins», diffusée pendant quatre décennies sur les ondes de Radio-Canada. Il y aborde différents thèmes, allant de l’environnement à la politique en passant par la spiritualité. Il a aussi laissé sa marque comme dramaturge et essayiste. On lui doit notamment les pièces «Les Insolites» et «Les Violons de l’automne», qui lui ont valu un Prix du gouverneur général en 1962, et, plus récemment, «Faust et les radicaux libres» et «Feedback». La cause environnementale lui tenait à coeur, ce qui l’a mené à être porte-parole du Jour de la terre et de la coalition Québec Vert Kyoto, qui lutte contre les gaz à effet de serre. Il avait aussi cofondé le Festival des films sur l’environnement de Portneuf et participé à la série documentaire de Télé-Québec «Les artisans du rebut global».

Albert Millaire (le 15 août à l’âge de 83 ans)

L’acteur québécois Albert Millaire a sillonné pendant un demi-siècle le théâtre et la télévision au Québec et ailleurs au Canada. Doté d’une belle voix grave et d’un port altier, il est surtout, pour les Québécois plus âgés, l’image d’Épinal du héros historique Pierre Le Moyne d’Iberville, qu’il avait incarné dans une populaire série télévisée en 1969. Il a aussi été Wilfrid Laurier dans une minisérie sur l’ex-premier ministre libéral en 1987. Il avait obtenu un prix Gémeaux en 2014 pour le meilleur rôle de soutien masculin dans le téléroman Mémoires vives. Sur les planches, il a visité tous les grands rôles du répertoire classique et contemporain — Molière, Shakespeare, Musset, Claudel, Brecht, Shaffer, Dubé… interprétant notamment Lorenzaccio, Tartuffe, Hamlet, Figaro, Salieri, Dom Juan ou Alceste. Il a aussi été président de l’Académie québécoise du théâtre de 1996 à 1999, secrétaire général de l’Union des artistes et président du Conseil canadien du statut de l’artiste.

Gilles Pelletier (le 5 septembre à l’âge de 93 ans)

Grand comédien, Gilles Pelletier a marqué la télévision québécoise. Son plus grand rôle étant sans doute celui du patriarche haineux Xavier Galarneau dans la série «L’Héritage» de Victor-Lévy Beaulieu. Avant d’entreprendre une carrière de comédien, il a navigué sur un vaisseau des Forces françaises libres durant la Seconde Guerre mondiale, et terminé l’école navale en 1945, mais l’appel des planches sera plus fort que celui du large. Pionnier de la télévision québécoise, il apparaît dans «La famille Plouffe», «Cap-aux-Sorciers», «La côte de sable» et surtout «Rue de l’Anse». Au théâtre, il se distingue notamment dans «Le songe d’une nuit d’été» (1945) et «La nuit des rois» (1956) de Shakespeare. Il interprète le rôle-titre de «Britannicus» de Racine (1949), aux côtés de sa soeur Denise Pelletier, qui joue Agrippine. Il sera de la création de «Un Simple Soldat» de Marcel Dubé, en télé-théâtre (1958), qui sera repris ensuite sur scène. En 1964, il fonde à Montréal la NCT avec Françoise Graton et Georges Groulx, en vue de faire découvrir le théâtre aux jeunes. Il y signe des mises en scène, dont «La Mouette» de Tchékhov, «Don Juan» de Molière et «Le roi se meurt» d’Ionesco. Au cinéma, il a notamment joué dans «Jésus de Montréal» de Denys Arcand.

Autres décès: Yvon Trudel (23 avril); Gabriel Gascon (30 mai); Daniel Pilon (26 juin); Carmen Campagne (4 juillet); Claude Péloquin (25 novembre).

À l’étranger: France Gall (7 janvier); Dolores O’Riordan (15 janvier); Maurane (7 mai); Aretha Franklin (16 août); Charles Aznavour (1er octobre); Stan Lee (12 novembre)

____

AFFAIRES ET VIE CIVILE

Jacques Genest (le 5 janvier à l’âge de 98 ans)

Comme l’indique sa notice biographique sur le site internet de l’Ordre national du Québec, Jacques Genest peut être considéré comme un «pionnier de la recherche biomédicale au Québec). Dans les années 1950, il mena, à la demande du gouvernement québécois, une enquête sur la situation de la recherche en médecine. Après avoir dirigé le département de recherches biomédicales de l’Hôtel-Dieu de Montréal, il fonde l’Institut de diagnostic et de recherches cliniques de Montréal qui deviendra en 1986 l’Institut de recherches cliniques de Montréal. Il fut aussi doyen de la faculté de médecine de l’Université McGill et président du Conseil de la recherche en santé du Québec. Le Dr Genest fut aussi un auteur prolifique puisqu’on lui doit quatre livres et plus de 700 articles portant principalement sur les mécanismes de l’hypertension artérielle.

Emmett «Pops» Johns (le 14 janvier à l’âge de 89 ans)

Enfant du Plateau Mont-Royal, le père Emmett Johns, dit «Pops», s’est fait remarquer par son travail colossal auprès des jeunes sans-abri montréalais à qui il tendait la main sans les juger. Après avoir été curé et vicaire au sein de diverses paroisses et servi d’aumônier à l’hôpital Douglas, à Verdun, et dans des maisons pour jeunes en difficulté, il vient en aide aux jeunes de la rue en leur offrant refuge et nourriture dans sa roulotte «Le Bon Dieu dans la rue». Au volant du véhicule, il sillonnait les rues des quartiers chauds de Montréal le soir et la nuit. Le père Johns a ensuite ouvert un refuge, baptisé «Le Bunker», puis, en 1997, un Centre de jour, où les jeunes peuvent suivre des cours, participer à des ateliers d’art, de musique, d’informatique, en plus d’avoir accès à du soutien psychologique.

François Macerola (le 8 novembre à l’âge de 76 ans)

Gestionnaire reconnu dans le milieu culturel, François Macerola a dirigé plusieurs grands organismes autant sur la scène fédérale que québécoise. Il amorce sa longue carrière en 1976 à l’Office national du film du Canada, où il gravit les échelons avant d’occuper la plus haute fonction, jusqu’en 1989. Après un court passage dans le secteur privé, il devient en 1995 directeur général de Téléfilm Canada. On lui doit notamment les « primes à la performance » pour les films financés par l’organisme fédéral. Il est ensuite vice-président aux affaires juridiques et commerciales du Cirque du Soleil et président du c.a. de la Place des Arts. En 2009, M. Macerola est nommé président et chef de la direction de la SODEC. En 2013, le groupe de travail qu’il dirige recommande au gouvernement québécois de taxer les produits électroniques et les fournisseurs d’accès internet. Il tenta aussi sa chance sur la scène politique québécoise. Candidat libéral en 1998, il fut défait dans la circonscription de Vimont.

Autres décès: Jim Shaw (3 janvier); Maurice Couture (19 janvier); Jacqueline Desmarais (3 mars); Sergio Marchionne (25 juillet); Jacques Laurin (27 septembre); Gordon Donald Simons (29 septembre)

À l’étranger: Paul Bocuse (20 janvier); Billy Graham (21 février); Stephen Hawkins (14 mars); Paul Allen (15 octobre); Gilberto Benneton (22 octobre)

______

SPORT

Daniel «Rusty» Staud, (le 28 mars à l’âge de 73 ans)

Surnommé «Le Grand Orange» en raison de sa chevelure de couleur vive, Rusty Staub a été la première grande vedette des Expos de Montréal, de la Ligue nationale de baseball. Acquis des Astros de Houston peu avant la saison inaugurale de la concession, il a rapidement conquis le coeur des partisans montréalais par ses exploits à l’attaque et son bras puissant et précis. Avant la saison de 1972, il est échangé aux Mets de New York en retour de trois jeunes espoirs qui feront leur marque: Tim Foli, Mike Jorgensen et, surtout, Ken Singleton. Il passe ensuite aux Tigers de Detroit et aux Rangers du Texas avant de revenir brièvement à Montréal en 1979. À son retour dans la Métropole, il reçoit une ovation monstre au Stade olympique. Parmi ses exploits: être le premier joueur de l’histoire des majeures à avoir frappé au moins 500 coups sûrs avec quatre clubs différents. Il détient toujours le record de la concession pour la moyenne de présence sur les buts (.402).

Stan Mikita (le 7 août à l’âge de 78 ans)

Membre du Panthéon du hockey, Stan Mikita, un des rares joueurs natifs de l’Europe dans les années 1960 et 1970, a disputé toute sa carrière avec les Blackhawks de Chicago. Il est le plus prolifique marqueur de l’histoire de la concession ayant enregistré 1467 points en 1394 matchs. Il est le deuxième buteur de l’histoire de l’organisation, ayant enregistré 541 buts. Il compte à son palmarès quatre trophées Art-Ross (meilleur marqueur). Considéré comme une peste au début de sa carrière, dépassant quatre fois les 100 minutes de punitions pendant ses six premières saisons, il s’assagit avec les années, au point de remporter deux fois le trophée Lady-Bing remis au joueur le plus gentilhomme du circuit. En 1992, il fait même son entrée dans la culture populaire: un restaurant fictif portant son nom est l’une des scènes du film «Wayne’s World)».

Jacques Amyot (7 septembre à l’âge de 93 ans)

Nageur émérite, Jacques Amyot enlève les grands honneurs de la toute première Traversée du lac St-Jean en 1955. Il est d’ailleurs le seul des sept inscrits à l’épreuve à réaliser l’exploit. Toujours la même année, il accomplit à la nage le tour de l’île d’Orléans. L’année suivante, il devient le premier Québécois à traverser la Manche, entre la France et l’Angleterre en un temps de 13 heures et trois minutes. Il renouvellera l’exploit, cette fois en sens inverse, en 1975. Au moment de son intronisation au sein de l’Ordre national du Québec en 2001, il détenait pas moins de 16 records canadiens et 47 records québécois dans la catégorie des maîtres-nageurs.

Autres décès: Red Fisher (19 janvier); Bill Torrey (2 mai); Joe Scannella (3 mai); Bruce Coalter (5 juin); Ray Emery (15 juillet); Patrick L’Heureux (8 octobre)

À l’étranger: Bob Bailey (8 janvier); Chuck Knox (12 mai); Dwight Clark (4 juin); John Ziegler (24 octobre); Willie McCovey (31 octobre)

 

Articles récents du même sujet