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Marois défend son droit à changer de cap

QUÉBEC – La première ministre Pauline Marois a défendu son droit à changer de cap, vendredi, lorsque ses politiques suscitent des objections.

En dressant un bilan de ses réalisations au cours de cette première session parlementaire, Mme Marois s’est défendue d’avoir multiplié les reculs.

«Eh bien moi je crois qu’on avancé beaucoup, a-t-elle dit. On a fait reculer deux choses. On fait reculer la corruption et on a stoppé le rythme d’endettement du Québec.»

En concluant les travaux parlementaires, les partis de l’opposition ont insisté sur les volte-face du gouvernement, depuis l’élection du 4 septembre et la formation du conseil des ministres, qui a suivi deux semaines plus tard.

Les premiers jours au pouvoir des péquistes ont notamment été marqués par la découverte qu’une hausse des impôts des revenus élevés, pour compenser l’abolition de la taxe santé, serait rétroactive.

Le gouvernement a dû revoir son projet de fond en comble, renonçant à abolir la taxe, pour la moduler afin d’épargner un plus grand nombre de contribuables moins nantis.

Cette semaine, après une controverse, Mme Marois a annoncé que l’ex-chef péquiste André Boisclair renonçait à une permanence dans la fonction publique qui lui avait été accordée simultanément à sa nomination comme délégué général du Québec à New York.

Lors d’une conférence de presse, Mme Marois a soutenu qu’elle préférait un gouvernement qui s’ajuste devant les protestations, contrairement aux libéraux qui se sont entêtés dans des positions qui braquaient leurs opposants.

«Ce n’est pas seulement vrai pour un gouvernement minoritaire, ça devrait être vrai tout le temps, qu’un gouvernement puisse écouter la population et corriger le tir lorsque c’est nécessaire, a-t-elle dit. Nous ne laisserons pas les choses se détériorer et s’envenimer lorsqu’on pense qu’il faut faire autrement.»

Dans le grand hall de l’Assemblée nationale orné de lumières et de décorations de Noël, Mme Marois s’est ainsi engagée à changer de cap lorsqu’il le faudra.

«Il faut faire autrement, a-t-elle dit. On a eu un gouvernement qui pendant neuf ans a laissé pourrir des situations, s’est entêté. La commission Charbonneau est sans doute le plus bel exemple de cet entêtement qui a tellement nui à l’image du Québec. Alors on n’agira pas de la même façon. S’il y a des ajustements à faire, je vous annonce, à l’avance, que j’en ferai.»

Au chapitre des réalisations, Mme Marois s’est montrée satisfaite de l’adoption de projets de loi abaissant à 100 $ le montant maximal des contributions aux partis politiques et resserrant les règles pour les entreprises qui souhaitent obtenir des contrats publics.

Elle s’est montrée fière, également, du dépôt d’une refonte de la Charte de la langue française, un projet selon elle vital pour l’avenir de la nation québécoise, malgré le fait qu’elle ait abandonné l’intention de soumettre les cégeps à cette loi.

Les péquistes avaient aussi frappé un grand coup en annonçant, deux semaines après l’élection, la fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-2, suscitant une montée aux barricades d’opposants dans la région de Trois-Rivières.

«Dans un contexte minoritaire où plusieurs pensaient que le gouvernement serait incapable d’avancer, il y a eu au contraire beaucoup d’action», a dit Mme Marois.

Ces premiers trois mois du gouvernement péquiste ont aussi été marqués par la démission de Daniel Breton de son poste de ministre de l’Environnement, en raison d’infractions au code de la route et de loyers impayés qui l’ont rattrapé.

Pour apaiser la controverse sur la double nomination de M. Boisclair, Mme Marois a promis qu’un comité établira les balises qui permettent au conseil des ministres de nommer des hauts fonctionnaires.

Afin de justifier sa décision de nommer son ex-collègue dans la fonction publique, Mme Marois avait brandi une liste d’une trentaine de membres de cabinets libéraux qui ont eux aussi bénéficié d’une nomination aux emplois supérieurs.

Même si elle croit que la compétence des candidats guide ces choix, la première ministre a reconnu que ce type de nomination influence les orientations dans les hautes sphères de l’État.

«C’est bien sûr que ça teinte la haute fonction publique et surtout ce sont toutes des nominations à des niveaux d’emplois supérieurs, au complet, et personne n’a rien dit au moment où ça s’est fait, mais c’est sûr que ça teinte une fonction publique», a-t-elle dit.

Mais Mme Marois s’oppose à retirer ce pouvoir de nomination au conseil des ministres, comparant cela aux prérogatives des chefs d’entreprises.

«Est-ce qu’on va dire à un patron d’une grande entreprise: vous ne choisissez plus vos vice-présidents, vous ne choisissez plus vos cadres supérieurs, a-t-elle dit. C’est impossible.»

Mme Marois s’est par ailleurs engagée à revoir le processus de nomination des présidents de sociétés d’État, au cours des «prochains mois et prochaines années», afin que leur sélection soit examinée en commission parlementaire.

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