Appel au retrait d'un médicament antidouleur
TORONTO – Des chercheurs réclament le retrait d’un médicament antidouleur couramment utilisé partout sur la planète, en raison d’un risque élevé de crise cardiaque et d’autres problèmes cardiovasculaires.
Le diclofenac, un médicament anti-inflammatoire non stéroïdien (ou AINS), est souvent prescrit pour soulager la douleur et réduire l’inflammation provoquées par l’arthrite.
Selon des scientifiques, toutefois, le diclofenac, qui est vendu sous un grand nombre de marques — incluant Voltaren et Novartis au Canada —, comporte des risques d’importants effets secondaires cardiovasculaires quasiment identiques à ceux du Vioxx.
Ce dernier médicament avait été retiré du marché par son fabricant, Merck, après qu’une étude clinique eut démontré qu’il était lié à une augmentation des risques de crises cardiaques et d’accidents vasculaires-cérébraux.
«Ce médicament augmente approximativement autant les risques de crises cardiaques que le faisait le Vioxx. Et le Vioxx a été retiré des marchés de la planète en 2004 par le fabricant en raison de ce risque», a dit le Dr Henry.
«[Le diclofenac] est encore là, largement utilisé, et c’est le plus populaire à l’échelle planétaire malgré le fait qu’il comporte des risques cardiovasculaires pratiquement identiques à ceux d’un médicament qui a été retiré des tablettes il y a huit ans.»
Dans une étude publiée cette semaine dans la revue scientifique PLoS Medicine, le Dr David Henry, président de l’Institute for Clinical Evaluative Sciences à Toronto, et la coauteure Patricia McGettigan détaillent les risques cardiovasculaires de médicaments anti-inflammatoires, en s’appuyant sur l’analyse de plusieurs études.
Ils ont découvert que les gens prenant du diclofenac avaient 40 pour cent plus de risques d’être victimes d’une crise cardiaque que ceux qui prenaient du naproxen, qui est considéré comme le médicament type le plus sécuritaire pour minimiser les risques cardiovasculaires.
Santé Canada a dit être au courant de l’existence de l’étude, et examine les conclusions de celle-ci dans le cadre de ses efforts de surveillance constante de la sécurité des AINS.
«Avant de commenter cette étude ou ses conclusions, des chercheurs de Santé Canada examineront à la fois les données utilisées pour l’étude et la méthodologie employée pour analyser les données qui ont mené aux conclusions des auteurs», a indiqué par courriel un porte-parole de l’agence fédérale.
«Santé Canada continuera d’examiner toutes les nouvelles informations en lien avec la sécurité des AINS, incluant les produits du diclofenac et les événements cardiovasculaires dommageables.»
Les chercheurs s’inquiètent particulièrement des impacts dans les pays où les revenus sont moyens et faibles, principalement en Asie et en Asie du Sud, où les parts de marché du diclofenac sont considérables.
En Chine, par exemple, le diclofenac est l’AINS le plus fréquemment utilisé et sa popularité a de très grandes conséquences en matière de santé publique, soutiennent les auteurs.
«Si le médicament n’était pris que par seulement 1 pour cent de la population chinoise par année, en tenant compte des calculs de risques, il pourrait causer 14 000 décès accidentels.»